Un pinceau : l’écho d’une vie et une source d’inspiration

Joumana Haswany publie son premier livre : ‘At the Cedars, Enchanted, de rêve, de terre et de feu’. On peut voir à travers cet ouvrage une forme dissimulée d’autobiographie où elle exprime ses sentiments et ses émotions. Grâce à son pinceau elle fait transparaître des pans de sa vie et s’en sert comme source d’inspiration. Rencontre.

Vous écrivez : ‘’Si l’incarnation permet à l’âme de rentrer dans le corps, la peinture lui permet de s’en libérer’’. Comment, à travers votre expérience, expliquez-vous et exprimez-vous ce concept de peinture libératrice ?
Travailler une toile n’est pas le moment même de l’exécution. Le fini est le résultat de beaucoup de méditations, d’une pratique spirituelle portée sur la pensée et le vécu. Viendra plus tard l’abord du thème, l’ouverture. Le tout ressemble à un sommeil paradoxal qui laisse libre cours aux émotions qui guident la main. Le corps s’abandonne et l’âme s’émancipe, s’adressant directement à tout ce qui l’entoure. Une relation réciproque entre l’esprit et l’univers prend forme et couleur. L’univers devient transparent à la lumière de l’esprit ; ça permet d’observer et de sentir son côté clair et obscur. Et l’âme s’épanche sans retenu, elle devient limpide et transparente. C’est une question de réceptivité et l’interaction se fait par diffusion.

Deux thèmes imbriqués reviennent de façon récurrente dans votre travail : le passé meurtri par la guerre civile et le futur que vous voyez avec espoir où chaque jour sera meilleur. Comment voulez-vous transmettre ce message d’espoir à travers votre travail artistique ?
Dans un pays déchiré par les guerres et les misères, je crois solidement que l’espérance réside en la résurrection. Si nous attendons la résurrection quand nous gisons sous la terre, comment alors acceptons-nous le désespoir de notre vivant ! L’espoir est comme le phénix... Le feu ne le brûle pas ; au contraire, il renaît de ses cendres. L’espoir est présent alors avec force et conviction et je le transcris spontanément.
Il s’échappe de la conscience.


La notion de rêve est elle aussi présente. Vous dites ‘’car c’est le rêve qui nous fait vivre’’. Le dicton dit ‘’l’espoir fait vivre’’, pensez-vous qu’au Liban l’espoir n’est que rêve et le rêve un moyen de survie ?
De point de vue philosophique, Espoir et Rêve sont engagés l’un dans l’autre, fortement enchevêtrés, liés étroitement. Le Rêve est la liberté donnée comme élément fondateur de la nature humaine, il est né du mystère de l’esprit. L’espoir est son catalyseur et engendre le plaisir de le réaliser. Rêve et Espoir nourrissent la vie par la vie. De point de vue mathématique, et si je raisonne par l’inverse, leur absence rend la vie intenable, déséquilibrée et sans dessein. Gardons alors le rêve et l’espoir jumelés ; ils nous font vivre sous leurs vibrations bienfaisantes.

La dernière notion omniprésente dans votre ouvrage est la force de la nature et particulièrement du cèdre. Quel est votre rapport à cette dernière et pourquoi sentez-vous le besoin de peindre celle-ci ?
Les arbres occupent une place prépondérante dans la nature aux Cèdres, bien enracinés dans la terre nourricière pour résister au vent. Cette terre qui donne naissance aux sensations les plus fortes.
La Vallée de Qadisha, elle aussi revient dans mon œuvre incessamment. J’ai envie de la peindre et la repeindre continuellement. La maison dans laquelle j’ai vu le jour donne sur cette vallée. Elle fait un élément constituant et essentiel lié d’une façon complexe à mon être. J’en ai fait la source de mon inspiration. Elle nous a légué aussi un héritage religieux et culturel dessiné dans les méandres de la vie.


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