Ramy Zein ou le regard de l’autre

Après ‘Partage de l’infini’, ‘Les Ruines du ciel’ et ‘La Levée des couleurs’ qui ont témoigné respectivement du conflit israélo-palestinien, de l’invasion de l’Irak et de la guerre libanaise, l’écrivain libanais Ramy Zein a signé, le samedi 5 novembre 2016 au Salon du livre francophone, son quatrième roman ‘Tribulations d’un bâtard à Beyrouth’. Rencontre.




‘Tribulations d’un bâtard à Beyrouth’, votre quatrième roman, est-il le témoignage de votre vécu personnel ?
Je distinguerai entre le vécu personnel qui nourrit tous mes personnages (souvent à mon insu), et le vécu factuel qui, lui, en effet est très présent dans ‘La Levée des couleurs’ et ‘Tribulations d’un bâtard à Beyrouth’. Il ne s’agit pas pour autant de textes autobiographiques.

De tous les personnages de vos précédents romans, Yad, en tout cas vous ressemble le plus. Il souffre et dénonce le regard d’autrui.
Le parcours de Yad illustre le rapport à l'autre dans un contexte de forte polarisation identitaire, tout en pointant les atteintes croissantes à la liberté individuelle par les tenants d'une religiosité bigote aux motivations politiques. En cela, nos chemins coïncident parfois, mais nous avons nos différences tant au niveau des faits vécus que du tempérament.

Alors que les personnages de vos trois romans précédents (‘Partage de l’infini’, ‘Les ruines du ciel’ et ‘La Levée des couleurs’) étaient aux prises avec des destins extrêmes, Yad appartient à notre vie quotidienne, certes détestable, mais somme toute banale.
En effet, Yad subit une violence ordinaire qui n’est pas banale en soi, mais qui a été banalisée par notre accoutumance progressive à l’intolérable. Yad essaye malgré tout de transcender son destin par la révolte qui n’est pas forcément synonyme de violence. Quand Yad jette son uniforme militaire aux orties ou coupe le câble d’un haut-parleur qui l’agresse dans son intimité, il n’est pas violent : il résiste.

D’une écriture légère, pleine d’un humour irrésistible grâce notamment aux nombreuses scènes cocasses voire absurdes, la lecture de votre (vos) roman(s) est un véritable bonheur. Paradoxe ?
La beauté et le mal ont toujours fait bon ménage en littérature. Je conçois l’écriture comme un plaisir partagé, quel que soit le thème traité. Encore faudrait-il y parvenir.

Un cadeau aux lecteurs de l’Agenda Culturel : Pourriez-vous nous livrer l’incipit du roman sur lequel vous travaillez en ce moment ?
‘‘Au début, il y avait ça : des touchers tendres et vigoureux, des regards humides et bridés, des rires comme de l’eau, des murmures aux limites de l’inaudible’’.
Mais c’est là un cadeau empoisonné dans la mesure où je passe mon temps à commencer des manuscrits que j’abandonne aussitôt ! Sans compter que les premières lignes de mes romans successifs ont subi d’innombrables modifications avant leur parution.

Propos recueillis par Antoine Boulad

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