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La fascination de la hamzah

Cataloguer, catégoriser, délimiter, définir, résumer… la liste est longue des actions que l’on ne peut pas exercer sur Kitāb al-hamzah (’Le livre de la hamzah’) de Rasha al-Ameer, réalisé en collaboration avec Ali Assi et Danielle Kattar, et qui vient de paraître chez Dar al-Jadid. Ce que l’on peut faire en revanche, c’est lire et contempler chacune de ses pages, pour un bonheur extrême… qu’une fois de plus on ne pourra pas décrire !


La première lettre de l’alphabet n’est pas l’alif, mais la hamzah. C’est du moins ce que prétend cette dernière en se balançant coquettement dans les cahiers du jeune Badr. Elle lui apparaît entre les lignes, lui fredonne des complaintes, éveille tour à tour sa compassion et sa curiosité. Aguicheuse et séductrice, tantôt enjouée, tantôt plaintive, elle déploie tous ses charmes, jusqu’à ce que Badr se livre tout entier à son enchantement et accepte d’écrire avec elle son histoire, l’histoire de la hamzah.

À défaut de vision du monde, la hamzah confie à Badr sa vision de l’alphabet, lequel constitue probablement l’origine de tous les mondes inventés ou encore à concevoir. Elle secoue les idées reçues transmises par les enseignants et rétablit sa vérité : la hamzah est une lettre à part entière, et c’est l’alif qui est une lettre incomplète, muette, incapable de se tenir par elle-même pour commencer quoi que ce soit, tant de l’alphabet que du monde.

La rencontre avec ce petit être mystérieux qu’est la hamzah, nous l’avons tous vécue, nous efforçant, durant nos jeunes années de scolarité, d’apprendre les règles de son orthographe capricieuse. Mais à la différence du commun, Badr accepte d’écouter ce que la hamzah a à lui dire : parce qu’il est curieux, parce qu’il est séduit et sans doute, aussi, parce qu’il y va de sa propre existence de héros de conte – ce que nous n’avons jamais réussi à devenir.

Par son écoute, Badr acquiert donc sa place dans les 80 pages du livre. Le narrateur-conteur rapporte, dans une langue soutenue mais simple, les émotions, les questions, les enthousiasmes et les protestations du jeune héros. Mais il donne surtout la parole à la hamzah qui, en phrases, en poèmes, en tables et en tableaux, explique à son ami toutes les subtilités de sa graphie et lui transmet les secrets des multiples postures qu’elle adopte en fonction des sièges qu’elle choisit.

L’alternance entre le récit du narrateur et les propos de la hamzah est visuellement rendue par une alternance entre caractères d’imprimerie et calligraphie. Les pages de texte, comme les pages d’illustrations, sont travaillées une à une, avec un soin et une précision extrêmes, et la belle réussite de la mise en page n’est pas le moindre des nombreux défis que relève ce livre.

Avec la fine complicité du calligraphe Ali Assi et de l’illustratrice et maquettiste Danielle Kattar, Kitāb al-hamzah, le conte grammatical de Rasha al-Ameer, se présente comme un héritier visuel oriental et moderne (au format 14,5x21,5 cm) des livres d’heures médiévaux, intégrant au texte de la calligraphie et des illustrations en deux couleurs qui s’apparentent à de véritables enluminures.

Tout cela se cache sous la sobre élégance d’une couverture simple, inspirée de la fameuse collection ’’Blanche’’ de Gallimard. Comme si l’aspect du livre ne devait en rien trahir la richesse de son contenu. Pour que seuls ceux d’entre nous qui acceptent de dépasser une façade si lisse réussissent enfin à écouter, des années plus tard, ce que la hamzah avait à leur dire.

Samar Abou Zeid

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