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Première Biennale des photographes du monde arabe contemporain

C’est la première fois qu’une Biennale des photographes du monde arabe contemporain est organisée à l’IMA. D’après son président Jack Lang, ‘‘la photographie est un art à part entière, car elle place la qualité du regard au cœur de la vision. Elle contribue également à sortir des clichés les plus éculés, à révéler des réalités cachées, volontairement masquées parfois, et à améliorer la compréhension entre les peuples’’. D’après lui, le monde arabe est victime aujourd’hui de préjugés et de visions superficielles : dans ses profondeurs, il n’est pas ce que l’on montre de lui. Cette biennale doit être une sorte de radioscopie du monde arabe.

Il s’agit donc de la première édition de cette manifestation, organisée jusqu’au 17 janvier 2016 avec le concours de la Maison européenne de la photographie, entraînant dans son sillage des partenaires, des galeries et institutions réunies. Elle est ancrée dans le réel, tournée vers le XXIe siècle et présente les œuvres d’une trentaine d’artistes photographes, émergents et confirmés, issus du monde arabe pour la plupart, mais aussi des artistes occidentaux qui se sont penchés avec pertinence sur un lieu ou une problématique de ce vaste territoire.

D’après le commissaire général de l’exposition, Gabriel Bauret, il a fallu attendre les années 1990 et les événements en Algérie pour voir un photographe originaire du monde arabe figurer dans la liste des noms primés par le World Press Photo. On aurait pu penser qu’au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, alors que d’incessants conflits émaillent l’histoire du monde arabe, des photographes arabes auraient rejoint le contingent des reporters venus du monde entier et apporté leur propre témoignage. Or, lorsque l’on parcourt les ouvrages consacrés à l’histoire du photojournalisme, presque aucun nom arabe ne figure parmi les auteurs des images portant sur les quinze années de guerre à Beyrouth ou sur le conflit israélo-palestinien. La plupart sont originaires de l’Europe de l’Ouest ou des Etats-Unis, car c’est là que siègent les grands titres de la presse et les agences de photographes qui les servent.

Aujourd’hui, la succession des révolutions qui ont formé le Printemps arabe a probablement changé la donne. Plus nombreux sont les photographes originaires des pays concernés par ce ‘‘Printemps’’ à se porter en témoins des tragédies vécues par les populations, et ce malgré les risques. Mais la vocation de cette biennale n’est pas de rendre compte de l’actualité, même si plusieurs photos exposées se rattachent de près ou de loin à une tradition documentaire, à l’instar de celles de Giulio Rimondi au Liban. Il fallait donc se tourner vers des auteurs qui nous parlent autrement de ce monde et dont l’approche ne se réduit pas à des témoignages de violence urbaine.

Ainsi, en Libye, Diana Matar a photographié des lieux en apparence ordinaires, mais qui ont été le théâtre d’exactions au cours de la récente révolution et pendant la période qui l’a précédée. Elle n’est d’ailleurs pas la seule femme opérant aujourd’hui dans le monde arabe. Il y en a d’autres, comme Tanya Habjouqa qui se rapproche des émigrées syriennes dont les compagnons ont disparu en combattant aux côtés de l’armée de libération ; ou encore Mouna Saboni qui photographie des femmes égyptiennes victimes de maltraitance et d’abus sexuels. Il y a également les deux artistes marocaines, Ihsane Chetuan et Safaa Mazihr, qui ont eu l’audace de faire de leur visage et de leur corps un territoire d’expression personnelle questionnant leur identité et leur statut de femme.

Plusieurs photographes libanais participent également à cette première biennale. A l’exemple de Maher Attar qui est né à Beyrouth mais vit et travaille à Doha, au Qatar. Il a photographié un pays aux traditions puissantes, mais qui a du mal à préserver son passé en préférant le reconstruire avec du neuf. Une certaine mélancolie se dégage de ses images, comme s’il voulait monumentaliser ces sujets promis à la chute face à une société de consommation vertigineuse. Joe Kesrouani, quant à lui, a photographié les murs de Beyrouth. Architecte de formation, il est particulièrement sensible au thème de l’urbanisme. Il a ainsi, dès 1999, eu le réflexe de photographier régulièrement des panoramas, afin de suivre l’évolution chaotique de la ville. Ses premiers clichés datant de 1999-2000 montrent des pleins et des vides ; aujourd’hui la situation montre clairement que ces percées ont disparu, que la masse bâtie ne fait que gagner du terrain privant ainsi les habitants de la vue sur la mer et l’horizon. Caroline Tabet illustre également son rapport à la ville de Beyrouth dans ‘Perdre la vue’, ville qui peu à peu s’efface à force de démolition et de reconstruction. La ville pour elle devient un songe, un fantasme. Enfin, George Awdé qui vit et travaille également à Doha. Il a photographié en 2007 un groupe de Syriens vivant et travaillant au Liban. Ses photos ont été prises avant la révolution syrienne et la crise de réfugiés. Son œuvre porte un regard intimiste sur les luttes et les espoirs personnels. Elle se tourne vers l’extérieur, sur le corps physique et le corps d’une nation, tous deux marqués par le temps.

Il faut signaler que le ministère libanais du Tourisme a été partenaire de cette belle manifestation, en apportant son soutien financier et ses conseils dans la désignation des photographes qui y participent. Il est plus que probable qu’il ne s’arrêtera pas là, et que d’autres photographes libanais y participeront dans les prochaines éditions.

Faten Mourad – Direction générale de l’IMA

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