Forum Renouveaux du monde arabe à l’IMA

Une première à l’IMA !! Un Forum sur les Renouveaux du monde arabe eut lieu les 15 et 16 janvier 2015. Le but de cette conférence était de donner une image positive de cette région du monde, à la suite du Printemps arabe et des bouleversements occasionnés. D’après le président de l’IMA, Jack Lang, qui en a eu l’initiative, c’est ’’le Forum de l’excellence, de l’innovation et du progrès du monde arabe que nous célébrons’’. Des entrepreneurs, des chercheurs et des intellectuels ont été appelés à se réunir et à se retrouver. Plusieurs tables rondes se sont articulées autour de thèmes aussi divers que l’entrepreneuriat, l’éducation, les villes, les énergies renouvelables, la culture et la voix des femmes. Des intervenants prestigieux ont pris la parole, venant de tous horizons, dont beaucoup de femmes.

Ainsi, pour la séance consacrée à l’entrepreneuriat, Mme Hala Fadel, venant du Liban et présidente de Enterprise For Ever qui organise tous les ans des start-up pour encourager la création d’entreprises dans les pays arabes, a évoqué son entreprise constituée d’une équipe de 10 personnes et de 300 volontaires, qui fonctionne sur la base du volontariat. Elle explique que 54% de la population du monde arabe a moins de 25 ans, et que rien n’était prévu pour eux. Il fallait donc les encourager à créer leurs entreprises. Aussi le Prix MIT a-t-il été constitué pour les pousser à le faire. Des cours, des sessions et des vidéos de création d’entreprises sont dispensés, et 5 000 projets ont été présentés dont 43% réalisés par des femmes, qui proviennent de Palestine, d’Egypte, d’Arabie saoudite, etc. A Gaza, par exemple, il y a une grande participation, car il s’agit pour eux d’une manière de protester. En Arabie saoudite, une femme, Kaswa Al-Khatib, a créé un site sur internet, U-Turn, que tout le monde regarde. Au Liban, une personne a créé les lunettes intelligentes. D’après elle, une large couverture médiatique peut amener l’entrepreneuriat à se développer.

Dans le même domaine, une autre initiative très intéressante, celle de Patrick Chalhoub, co-président-directeur général du groupe Chalhoub, une multinationale de 11 000 personnes, basée aux Emirats arabes unis. Son entreprise prône les valeurs d’excellence, de qualité et l’esprit d’initiative, et s’engage pour l’éducation. Ainsi, des stages de formation sont dispensés pour permettre aux jeunes de gérer des entreprises, et des structures d’accompagnement ont été créées, notamment Endeavour qui intègre 6 000 entreprises et qui a réussi à créer 1 million d’emplois.

Dans la séance consacrée au Voix des femmes, lors de la table ronde consacrée à ’La voix des femmes au service des renouveaux’, deux femmes ont donné leur point de vue. Mme Manal Al-Sharif, militante des droits de la femme en Arabie saoudite, qui estime qu’il faut changer les mentalités en éduquant les enfants à la maison, surtout les garçons. C’est le rôle des mères qui doivent donner l’exemple en apprenant aux garçons de montrer du respect envers leurs sœurs et les filles. Aucun changement ne peut intervenir s’ils ne comprennent pas que les filles ont les mêmes droits qu’eux et qu’elles peuvent travailler comme eux pour amener la société à se développer et s’améliorer.

L’autre intervention très touchante est celle de Mme Aïcha Ech-Chenna, présidente de l’association Solidarité féminine au Maroc, car c’est une femme connue dans son pays pour avoir fondé une association qui vient à l’aide aux enfants abandonnés dans les rues : elle les récupère, leur octroie une éducation et défend leurs droits. Pour elle aussi, il faut éduquer les garçons dès leur enfance, afin de changer les comportements. Elle estime que beaucoup de femmes dans son pays sont exclues de la société, notamment les mères célibataires qui ont fait un enfant en dehors des liens du mariage. Elle a ainsi fondé une association A haute voix pour les aider à s’en sortir tout en fournissant l’éducation à leurs enfants.

Pour la seconde table ronde consacrée à ’Comment les femmes deviennent-elles architectes de leur futur ?’, plusieurs femmes de tous horizons ont pris la parole et ont répondu à la question suivante : ’Après le Printemps arabe, des changements ont eu lieu dans le monde arabe. Quel en est l’impact pour les femmes ?’

Pour Mme Rola Hallam, anesthésiste syrienne vivant à Londres, qui a fondé l’association Handing Hand pour véhiculer en Syrie des aides et des médicaments, le rôle des femmes a effectivement changé : elles sont devenues activistes, entrepreneuses, militantes dans la société civile, etc. Elle a ainsi donné plusieurs exemples de femmes courageuses et dignes qui aident les populations civiles lors des attaques sur les hôpitaux en Syrie.

Mme Shereen El Feki, écrivaine égyptienne ayant rédigé des ouvrages sur l’amour et le sexe, estime que le sexe dans le monde arabe est synonyme de honte et que c’est un moyen pour contrôler les femmes. On pointe le sexe comme problème et non pas comme source de plaisir. La société est patriarcale, faite pour les garçons et par les garçons. La virginité des femmes est maintenue avant le mariage : les femmes n’ont pas de droits sur leurs corps. Des crimes d’honneur sont toujours en cours. Comment se respecter entre hommes et femmes si on ne le fait pas à partir du lit ? Il y a donc un défi à entreprendre pour changer les mentalités.

Pour Mme Amina Yahyaoui, fondatrice d’une ONG en Tunisie, son pays est le seul où les droits des femmes sont préservés, grâce à l’ancien président Bourguiba. Ainsi, des articles écrits dans la constitution tunisienne, dont l’article 1, prônent l’égalité entre hommes et femmes. Il existe des ministres femmes, des femmes d’affaires, et 30% d’entre elles sont présentes dans les assemblées. Cependant, tout n’est pas parfait, car ce n’est pas complètement appliqué dans la société. Comment faire ? D’après elle, il faut changer les mentalités en encourageant les écoles mixtes, où le respect entre filles et garçons se fait dès l’enfance.

Enfin, concernant la séance consacrée à la Culture, dans le cadre de la question posée : ‘La créativité dans le monde arabe en tant que source d’innovation et de renouveau’, deux spécialistes de musique Hip Hop, chargés de l’organisation de l’exposition ‘Hip Hop dans le monde arabe’ prévue à l’IMA au printemps, ont pris la parole. L’un est un activiste égyptien qui a parlé de son expérience dans son pays, où le dialogue était sourd entre le pouvoir et le peuple, et où les artistes n’étaient pas assez soutenus pour pouvoir percer. Il a ainsi créé lui-même une structure à Louxor pouvant aider ces artistes à émerger et à s’exprimer.

L’autre est une journaliste dont le père est un écrivain tunisien connu. Elle a parlé de la situation en Tunisie après la révolution, où elle trouve qu’il y a des rappeurs excellents qui utilisent la musique pour s’exprimer librement et qui parlent de leur situation avant et après la révolution. Mais même s’ils décrivent la réalité telle qu’elle est et sont connectés par internet avec le reste du monde, ces rappeurs tunisiens restent malgré tout attachés à leurs propres racines musicales.

Ce symposium a véritablement permis de donner une image plus positive et plus optimiste du monde arabe, autre que celle des conflits, des guerres et de l’extrémisme, véhiculée par les médias occidentaux. Il y a certes beaucoup à faire encore, mais il faut déjà arrêter avec le défaitisme ambiant pour pouvoir avancer. Les pouvoirs en place doivent permettre au progrès de faire son chemin, en encourageant la création et l’innovation, sinon ils seront dépassés et rateront le coche. Tant que les mentalités resteront figées, rien n’évoluera. L’éducation est la base de tout. Il faut se donner les moyens pour accéder au progrès, et le monde arabe en a amplement les capacités. Gageons qu’il réussira à le faire. L’avenir nous le dira. En tout cas, l’IMA jouera pleinement son rôle en aidant à mettre en lumière toute avancée réalisée dans cette région du monde. Son président souhaiterait qu’une seconde édition de ce Forum ait lieu.

Faten Mourad – Direction générale de l’IMA

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