Ateliers d’écriture ou ‘Ta dbo yx mété cruL jtm ?’

Depuis quelques générations, nous assistons à des mutations profondes dans le domaine de l’écriture. Il y a quelques siècles encore, c’est avec une plume trempée dans un encrier que nous écrivions sur du papier, manuellement. Progressivement les plumes furent abandonnées, remplacées par des pointes sèches. Le support papier restant le même, il interdisait ratures, tâches et autres fautes d’orthographes. Le règne de la machine à écrire fut, somme toute, de courte durée, car rapidement détrôné par l’ordinateur et ses traitements de textes. Nous avons cru atteindre un long palier puisqu’il permettait toutes les manipulations, jusqu’à celle d’emprunter par copier-coller des messages entiers.

De la lettre de condoléance à celle de motivation, en passant par des lettres d’amour variant d’intensité, selon ce que nous voulions exprimer à l’être aimé. Ce palier cohabite avec un cousin du traitement de textes : ces e-mails que nous nous échangeons massivement.
Cette manière d’écrire a devant elle un bel avenir, puisqu’elle a presque complètement remplacé durablement la lettre traditionnelle (écrite manuellement ou par traitement de texte). Le mail est rapide, ne nécessite ni timbre, ni poste, ni coursier.
D’un clic, le message est envoyé au destinataire, ou plutôt aux destinataires grâce à la fonction CC. Mais aujourd’hui, se profile à l’horizon un nouveau moyen d’écriture, encore plus rapide, qui a déjà conquis toute la jeunesse. Il s’agit non seulement d’un nouveau moyen de communication, mais bel et bien d’un nouveau langage écrit qui fait appel au téléphone, détourné de sa fonction d’écoute pour celui du SMS. Les jeunes et les moins jeunes veulent rester en contact permanent, s’échanger des conversations qui ne peuvent être que courtes.
Au lieu d’élever leur appareil de quelques 20 cm pour atteindre leur oreille et utiliser le téléphone pour ce pour quoi il a été conçu, voilà, ils préfèrent pianoter sur un clavier ridiculement petit. Ils le font avec une dextérité incroyable et en inventant un nouveau langage dont il existe maintenant des codes et mêmes des dictionnaires pour permettre de le déchiffrer.
S’il vous arrivait de prendre connaissance de ces conversations animées et éphémères vous trouverez des dialogues comme ceux-ci :

-bjr, ça va ? mjvb, koi29 ? tu viens 2m1 au 6né
- 2m1, 1posib 4me
-Alors l’1di
-l’1di pk pas ? après je t’1vt au resto
-xcellen, dak
-j’tapLDkej’pe

Lutter contre ce phénomène est un combat perdu d’avance, aussi bien pour l’école que pour les parents. Interdire aux jeunes l’utilisation de ce langage qu’ils ont inventé, c’est attenter à leur liberté. Plutôt que de se lancer dans cette lutte, mieux vaut leur faire redécouvrir qu’ils ont à leur disposition des mots, des sons, des phrases, des rythmes, des paragraphes, des syllabes, un alphabet, des consonnes, des voyelles… Qu’en utilisant tout cet arsenal opulent, ils pourront mieux s’exprimer, mieux séduire.
Il appartient en premier lieu à l’école d’apprendre l’écriture aux jeunes, ce qui ne dégage d’aucune manière les parents de leur responsabilité de faire aimer l’écriture à leurs enfants. Il y a toujours une peur derrière le désir d'écrire, un trac qu’il s’agit de surmonter, comme celui de la timidité ou l’absence de confiance en soi.

A l’Agenda Culturel nous avons été ravis d’apprendre que l’association Kitabat, dirigée par Nesrine Ojeil, s’est associée à la Librairie el Bourj, pour proposer tout au long de l’année des ateliers d’écritures aussi bien pour les jeunes, que pour les moins jeunes. Pour les organisateurs, ‘‘un atelier d’écriture est un lieu d’expérimentation et de création. On le compare souvent à l’atelier d’un artiste. Un peintre utiliserait les couleurs, un sculpteur, la pierre, un menuisier, le bois… Dans un atelier d’écriture, le matériau à façonner est le langage, les mots. Qu’il s’adresse aux jeunes, aux adolescents ou aux adultes, l’atelier d’écriture a toujours la même finalité : le plaisir de la création. Evidemment, l’animateur invite les participants à travailler avec le même sérieux qu’un écrivain aurait devant sa page. Grâce aux multiples propositions, l’animateur propose aux participants d’explorer différentes facettes de l’écriture et différentes ‘techniques’ puisées dans la littérature, qu’elle soit de jeunesse ou pour adultes…’’
Quant à savoir ce qui pousse les parents à envoyer leurs enfants et leurs ados à ces ateliers, Nesrine est claire : ‘‘un parent qui a le souci de susciter l’esprit de créativité chez son enfant, de lui faire découvrir le ‘secret de fabrication’ de textes de qualité, et de lui faire découvrir le plaisir d’être lui aussi ‘créateur’, capable d’écrire et de produire à son tour un texte de qualité… Il ne faut surtout pas oublier que lecture et écriture sont les revers d’une même médaille et qu’écrire veut dire forcément lire… Un parent qui a le souci de l’éducation à la littérature et ‘au beau’ de son enfant, trouvera à mon avis dans l’atelier d’écriture un excellent allié… A noter que les animateurs qui dirigeront ces ateliers sont tous expérimentés et formés à l’art de l’animation par une association qui a fait ses preuves’’.
C’est Michel Choueri qui précise le cadre dans lequel se déroulera ces ateliers : ‘‘Ces ateliers d’écriture se dérouleront sous la houlette de l’association Kitabat au sein même de la Librairie el Bourj au cœur du Centre Ville de Beyrouth. Les participants seront entourés de livres, mis souvent à leur disposition dans une ambiance chaleureuse et bienveillante. Notre équipe sera aux petits soins avec les participants… Quand le temps est au beau fixe, les participants pourront - s’ils en ont envie - sortir écrire près du bassin. La librairie leur offrira par ailleurs des remises sur leurs achats’’.


Les ateliers d’écriture débuteront avant la fin de l’année. Ils s’étendent sur 10 semaines à raison de deux à trois heures par semaine.

Les mardis de 16.00 à 19.30 h pour les adultes avec Salma Kojok
Les samedis de 11.00 à 13.00h pour les adolescents (12 à 17 ans) avec Antoine Boulad
Les samedis de 9.30 à 10.30h pour les jeunes (8 à 11 ans) avec Nesrine Ojeil

Frais d’inscription pour les 10 séances 
300$ pour les adultes, 200$ pour les adolescents et 100$ les jeunes
Inscription et renseignements Librairie el bourj 01 973693

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