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AltCity Media : Utopia à Hamra

Installée à l'entrée de la rue Hamra, poumon intellectuel et culturel de Beyrouth, AltCity est une entreprise pionnière au Liban. Espace de travail commun, lieu de formations, de discussions et d'organisation d'événements, cette 'entreprise' peu ordinaire ambitionne de soutenir les projets entrepreneuriaux et médiatiques ayant un impact social. En clair, louer des bureaux collectifs ou privatifs, assurer des formations au management, aux pratiques médiatiques, bref, tout ce qui peut aider à monter un projet ou une entreprise dont l'objectif n'est pas d'accumuler du capital mais de réinvestir les bénéfices dans des projets sociaux.


L’idée est née dans l'esprit de quatre jeunes gens plein d'avenir, comme on dit pour faire dans le cliché. Dima Saber, David Munir Nabti, Samer Azar et Pippa Nairn se sont retroussé les manches et sont allés prêcher la bonne parole auprès des décideurs. Leur projet cependant, n’est pas de ceux faciles à mettre en place, ni même à définir. Comment expliquer à quoi va ressembler cet îlot utopique au moment de demander les autorisations nécessaires ? Lieu d'exposition, bureaux communs, cantine, café, scène, et on en passe. Sachant que le fil rouge doit être l’action sociale sous toutes ses formes. Les activités d’Alt City ont commencé à l’été 2012 et commencent à se multiplier. L’Agenda Culturel a rencontré Dima Samer, une des fondatrices de l’espace, qui nous explique la genèse du projet et son nouvel essor.

Qui est à l’origine de cette initiative ?
Nous sommes quatre cofondateurs. En ce qui me concerne, j’ai fait une thèse de doctorat à Paris en information et communication, il y a Munir Nabti qui a fait des études d’économie politique à Berkeley et Samer Azar qui a fait un master en finance à Colombia à New York, et aussi Pippa qui travaille avec nous depuis le départ. Jusque là on travaillait dans un espace à Saifi. Munir avait créé en 2007 une organisation à but non lucratif qui louait des bureaux à des start-up ou des ONG et des sociétés qui travaillent dans le domaine social. C’était un des tous premiers lieux où les gens pouvaient venir travailler ensemble dans le même espace, ouvert et collaboratif.

Comment est né AltCity ?
Pendant tout le temps où nous étions à Saifi, nous avions l’espoir de pouvoir déménager dans un espace plus grand, avec plus d’espace et d’opportunité de mettre des projets en place. Dans le sens où nous voulions pouvoir louer des bureaux à davantage de gens mais également organiser des événements publics, des discussions et des formations.
On a trouvé cet endroit, qui n’avait pas été occupé depuis plus de 30 ans (l’immeuble Montréal à Hamra, ndlr). On s’y est installé il y a un peu plus d’un an, en été 2011, mais on croule sous les travaux de rénovation, qui n’en finissent jamais. On a d’abord mis la main à la pâte nous-mêmes en faisant le plus gros de la peinture. On a ouvert pendant six mois, au cours desquels on a accueilli à peu près 2000 personnes et 80 événements. Puis on a fermé pendant trois mois pour faire de plus gros travaux et aujourd’hui AltCity est ouverte pour de bon, même si on n’utilise encore que 20% de l’espace.

Pouvez-vous décrire l’espace et présenter vos activités ?
On a pour l’instant deux parties séparées (de manière spatiale et organisationnelle), avec d’une part les bureaux qui sont occupés par 11 personnes et d’autre part l’espace dévolu aux ateliers et discussions. Tout le reste de l’espace est encore en rénovation. Pour nous, il était vital d’ouvrir et de commencer avec quelque chose, plutôt que d’attendre que tout soit parfaitement agencé. Dans l’idéal, si nous arrivons à être opérationnels pour tout ce qu’on voulait faire, AltCity se découpe en plusieurs ‘modules’, en plus des bureaux privés, des bureaux en open space et de l’espace ‘événement public’. Nous voudrions mettre en place un café-cantine, qui sera ce qu’on appelle un ‘news café’. Nous voulons que ce soit le lieu de rencontre et de travail de journalistes, de bloggeurs et d’activistes, nous voulons faire en sorte que ce soit le lieu de travail idéal. Il faut donc une bonne connexion Internet, des écrans télé avec un système d’audio sans fil, des magazines et des abonnements. Une atmosphère joviale et studieuse. Il y aurait ensuite un ‘event space’, équipé d’un projecteur et que les gens puissent venir organiser toutes sortes d’événements, d’une réunion d’entreprise de 10 personnes à une discussion publique jusqu’à 150 personnes assises. Il y aurait aussi une salle de conférence et une bibliothèque. La mezzanine devrait devenir une sorte de ‘start-up incubator’ avec quatre ou cinq start-up travaillant dans le secteur des médias à qui nous pourrions offrir les bureaux et aussi une assistance en finance, ressources humaines et media training. Il faut que la start-up travaille sur un projet qui aura un impact social. Ce sont des sociétés qui ne sont pas des ONG mais des sociétés qui ne songent pas à maximiser les profits mais plutôt à réinvestir l’argent dans des projets sociaux.

Quelle est la mission d’AltCity ?
L’idée derrière tout cela c’est que des gens venus d’horizons différents, avec des opinions différentes puissent se retrouver et confronter leurs idées dans un espace ouvert où tout est fait pour qu’ils élaborent des choses ensemble, qu’ils communiquent plus. Nous sommes axés sur les projets médias et sociaux parce que nous voulons aider les jeunes à créer, à avoir des initiatives intéressantes et leur donner de rester ici au Liban et de participer au développement du pays. Nous voulions aussi que le lieu en lui-même ait un sens, une histoire. C’est pourquoi nous avons choisi Hamra et cet ancien cinéma abandonné.

Qui vous finance ?
Mercy Core nous a alloué des fonds pour un an et demi. C’est une organisation internationale qui finance des projets dans les pays en voie de développement, mais nous arrivons au bout de la période de financement. Nous avons quelques partenaires, comme MEVP et d’autres sociétés qui viennent organiser des événements, ce qui permet de faire rentrer un peu d’argent. Nous avons soumis un dossier pour un prêt bancaire à bas intérêt et nous attendons la réponse. Ce que nous voudrions, c’est que cela soit rentable. Nous ne voulons plus dépendre de mécènes et de donations. Le but c’est de pouvoir créer un business social au Liban qui marche et qui est autosuffisant. Chaque coin de cet espace est supposé rapporter de l’argent. Nous comptons aussi sur les entreprises qui loueront les locaux pour pouvoir financer des projets pour des organisations qui ont moins de trésorerie. Le prix des locations n’est évidemment pas le même pour une entreprise lambda que pour un autre type d’organisation, comme une ONG par exemple. Nous voulons réinvestir les profits dans l’intérêt de la communauté. On a aussi un financement de l’ambassade de Hollande pour développer des projets médiatiques pour les droits de l’homme.

Quels sont vos projets à venir ?
Le 16 décembre, nous avons une journée spéciale, en collaboration avec une ONG qui vient tous les dimanches donner des cours d’anglais et d’informatique aux travailleurs étrangers d’Ethiopie et du Soudan. Cette fois-ci, en partenariat avec une designer libanaise, il s’agira d’utiliser le design pour créer des graphiques relatifs à la situation de ses travailleurs étrangers au Liban. Ces graphiques seront imprimés et exposés ici. En même temps, les personnes prises en charge par l’ONG travailleront sur la narratologie à partir de photographie. Le résultat s’intitulera ‘See it Our Way’ que l’on imprimera et exposera. Ce projet est l’un de ceux financés par l’ambassade de Hollande. C’est un système vraiment intéressant car permet de mettre en place des événements vraiment pointus et ciblés.

Propos recueillis par Kael Serreri


AltCity Media
Rue Hamra, immeuble Montreal, étage M
(01) 742582

Evénements à venir :
- le 28 novembre : Creative Business Meetings
- du 28 novembre au 11 décembre : Workshop series Visualizing Human Rights
- du 30 novembre au 2 décembre : Social Innovation Camp
- le 16 décembre : Community Day with Migrant Workers Task Force

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