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A la découverte des Humanités numériques avec Alexandre Gefen

L’humanité a connu deux grandes révolutions : la révolution industrielle qui a profondément chamboulé les sociétés au XIXe siècle et la révolution numérique ou digitale qui transforme aujourd’hui notre quotidien, le bouleverse et le façonne. Une révolution dont le rythme va s’intensifier dans les quelques années à venir, transportant brutalement avec lui entreprises, employés, clients, politiciens, artistes et littéraires. A l’heure de la transition numérique, Alexandre Gefen, théoricien de la fiction et fondateur du site littéraire fabula.org, initie les lecteurs de l’Agenda Culturel aux Humanités numériques, un champ auquel il s’est intéressé en parallèle à ses activités académiques et de critique littéraire. Une rencontre qui a eu lieu dans le cadre du séminaire organisé par le département de Lettres françaises de l'USJ.


Pourquoi avoir créé fabula.org ?
Parce que l’information scientifique a besoin d’être diffusée. Le développement d’internet favorise les recherches littéraires et permet aux littéraires de profiter du développement du web.

Est-ce une manière d’inciter les littéraires à fréquenter la toile et de les rassurer sur sa fiabilité ?
Oui, il y a parfois des réactions de rejet. Les littéraires se définissent par un amour du papier, un amour du livre à l’ancienne. Moi, je veux au contraire montrer que le livre numérique, l’internet, sont une extension du champ de la littérature et de ce point de vue les littéraires ne sont pas les moins armés. Au contraire, par la fréquence de l’utilisation du numérique, ils deviennent les plus équipés.

Alexandre Gefen, vous vous intéressez aux Humanités numériques. Qu’entendez-vous par Humanités numériques ?
Les Humanités numériques sont de nouvelles méthodes et de nouveaux territoires qui sont apparus il y a une quinzaine d’années à partir du moment où l’on a commencé à populariser les outils numériques. Les Humanités numériques c’est d’abord le fait de s’intéresser à des thématiques particulières, les écritures numériques, les productions sur internet ou l’influence du numérique sur les productions papier.
D’autre part ce sont des méthodes de travail qui consistent à numériser les textes et à les analyser avec des outils informatiques. C’est une nouvelle thématique pour les études littéraires et s’intéresser à Wattpad ou au blog par exemple, c’est une nouvelle manière de faire des études littéraires.

Quelles sont les nouvelles formes littéraires générées par le numérique ?
Au début du numérique on a pensé qu’internet allait favoriser des romans hypertextes, des structurations très innovantes et que la littérature allait finalement basculer sur internet. Il y a eu des romans expérimentaux, il y a eu des romans hypertextes, il y a eu également de la poésie sur internet, il continue à en avoir et certaines formes jouent avec la matière même d’internet. Vous savez la grande formule de Marshall ‘the medium is the message’, c’est-à-dire que le média lui-même porte le sens. Maintenant je crois qu’une partie intéressante de la création littéraire sur internet n’est pas liée à des plateformes expérimentales ou à des structures informatiques complexes, mais correspond plutôt à l’utilisation par les individus des écritures ordinaires, c’est à dire la manière dont ils vont utiliser les réseaux sociaux par exemple, pour travailler, pour poétiser le quotidien, pour essayer de l’enrichir. De ce point de vue, je crois que le principal apport d’internet c’est de leur favoriser une démocratisation de l’écriture par des écritures ordinaires.

Comment les nouvelles technologies transforment la création littéraire ?
Je ne sais pas si les nouvelles technologies transforment tellement la création littéraire. Je pense que si vous entendez par création littéraire l’inspiration et l’écriture, je ne suis pas sûr qu’elles soient profondément modifiées. Je crois finalement que les écrivains se sont toujours débrouillés pour faire des montages textuels. Donc il n’y a pas eu besoin de l’ordinateur pour faire un texte composite. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une très forte transformation. Peut-être là où il y a une certaine transformation c’est dans l’accès à l’information, dans la documentation de l’écrivain. On a des romans qui sont très documentés comme le très beau récit de Jean Rolin sur le monde entier, peut être que c’est une forme de transformation. Et peut-être aussi que certains romans, je pense notamment aux romans qui intègrent les échanges par Facebook, je crois de ce point de vue-là, les nouveaux médias sont présents dans les romans traditionnels.

Qualifiez-nous cette littérature.
Je ne sais pas s’il faut inventer de nouveaux mots. Moi, le thème qui m’intéresse est celui de l’extension de la littérature, l’idée que le territoire de la littérature n’est plus strictement limité au livre imprimé.

Ya -t-il une littérature propre aux réseaux sociaux ?
Je crois qu’il y a des formes d’écriture propre aux réseaux sociaux. Je crois qu’il y a des formes d’écriture propre à la brièveté, propre à l’écriture du quotidien, propre à l’ironie, à l’usage des nouveaux médias, au fait qu’on puisse commenter avec une photo parfois, je crois qu’il y a des codes très inventifs.

Pensez-vous que le littéraire doit être aujourd’hui, et plus que jamais, actif sur les réseaux sociaux ?
Je crois que les écrivains sont extrêmement actifs sur les réseaux sociaux. Il y a un rôle de promotion de la littérature et les réseaux sociaux sont un outil de socialisation pour eux. Quand on écrit, on a besoin de communiquer encore plus, d’autant que l’écriture est un travail solitaire. Par ailleurs le succès d’un livre dépend maintenant de nombreux facteurs dont les réseaux sociaux. Les écrivains aujourd’hui utilisent fortement les réseaux pour faire connaitre leurs œuvres.

Sur quels critères publiez-vous vos posts personnels sur Facebook et Twitter ?
J’ai connu une époque où Facebook était un espace intime, il y a 15 ans. Maintenant, il y a une acceptabilité sociale de plus en plus importante. Les sociologues appellent ça ‘l’existence d’un privé public’ : on apprend à travailler avec un espace privé qui peut être rendu visible. On doit distinguer deux formes de privé : il y a un ‘privé-privé’ et un ‘privé-public’, où l’individu doit se mettre en valeur, doit se mettre en scène, donc au fond on choisit le meilleur, le plus spectaculaire, le plus intéressant et c’est cela qu’on met en avant.

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