'Dissonance of Fights' de Nagy Souraty. Et la violence fut!

Présentée au théâtre Gulbenkian, du 4 au 12 décembre, ‘Dissonance of Fights’ est une création collective trilingue dirigée par Nagy Souraty et inspirée de textes de Nasri Sayegh. C’est une gifle qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.

‘Dissonance of Fights’, ou ‘Dissonances et combats’, fait partie de ces pièces qui s’insinuent au plus profond de votre chair. D’abord par la thématique qu’elle aborde : la thématique de la guerre, et des violences qui en découlent. La guerre et plus particulièrement les incessantes guerres libanaises. Ensuite, par l’état dans lequel la pièce "place" le spectateur. Il est à l’affût, aux aguets, apeuré presque, jamais tranquille, toujours inquiet. Et pour cause : les scènes qui se succèdent devant ses yeux l’impliquent plus qu’il ne l’aurait imaginé, plus qu’il ne l’aurait voulu. D’un coup, il devient le témoin de toute la violence qui s’y déploie. Témoin, acteur, criminel et victime en même temps, à l’instar des comédiens, à l’instar de tous les Libanais, toutes confessions confondues, pris dans un étau, dans un engrenage, "parce que notre futur n’est que guerres libanaises, parce que la violence n’est que doctrine libanaise, parce que les criminels ont été amnistiés…"

Et les frères s’entretuent
C’est en prenant "la violence comme point de départ" que Nagy Souraty et son équipe ont monté la pièce. Et les voilà perdus entre le "théâtre expérimental" et "les instincts grégaires", comme le stipule la note explicative. La violence éclate dans tous ses états ; violence de l’âme, violence du jeu, violence verbale, violence sonore. Presque dénudés, ou vêtus de noir, le dos et les bras tatoués, les comédiens s’entretuent, à mains nues, en manipulant des espèces de boucliers, ou des panneaux de bois. Les mains résonnent sur les corps, les boucliers s’entrechoquent, les panneaux de bois retentissent. Les sons vous emplissent le corps, exacerbés par une musique live oscillant entre techno et chant arabe nostalgique. "Nous avons frôlé la dépendance au combat et à la violence. Nous avions peur d’y trouver un plaisir… Serions-nous devenus le reflet de notre société?... Nous nous sommes retrouvés à la recherche d’états de transcendance pour combattre l’instinct de mort". Et voilà que les combattants tentent de devenir des anges, des enfants, des derviches tourneurs, des moines… mais l’instinct à chaque fois prend le dessus, les combats reprennent sous mille et une formes.

L’humanité, une arène

Dans un souci du détail et de la mise en scène brillante, les tableaux se succèdent, glauques, noirs, oppressants, chargés d’esthétisme, d’idéalisme, d’humanité. Ce mot résonne différemment ce soir-là sur les planches du théâtre Gulbenkian, et sur tout le Liban. Cette humanité mise en scène est chargée d’un trop plein de souvenirs que chacun à sa manière choisit de gérer. Et parce que certains la gèrent dans l’oubli, Nagy Souraty et son équipe, inspirés de textes de Nasri Sayegh, la gèrent en remuant le couteau dans la plaie, pour en extraire le pus et tous les excréments, dans un souci de catharsis, ou de début de catharsis. "C’est pour éviter de pardonner que nous essayons d’oublier. C’est parce que je refuse d’oublier que je vais essayer de pardonner". 'Dissonance of Fights', une pièce à ne pas oublier! Et vous y revenez sans cesse !

A.C.

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