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Mauricio Yazbek : ‘‘Le contact permanent avec plusieurs cultures humanise et harmonise le monde’’



La diaspora est une richesse culturelle pour le Liban.
Faire connaitre certaines figures artistiques auprès du public libanais, c’est les attacher encore plus à la mère patrie.
L’Agenda Culturel rencontre certains de ces artistes, nés ou originaires du Liban, vivant au Brésil, en Colombie, au Canada, en France…
Quelle image ont-ils du Liban ? Comment intègrent-ils dans leur création à la fois leurs origines, leur vision actuelle relative à une autre société ?

Il se définit lui-même comme un professionnel de l’image, du texte et du son qu’il combine avec harmonie et poésie pour inspirer les gens… Echange pétillant avec l’artiste Mauricio Yazbek, concepteur et réalisateur de productions vidéo et cinématographiques.


Vous vous présentez comme Libanais et Brésilien. Parlez-nous de votre double identité…
Je me considère avant tout citoyen du monde. Mais si l’on doit passer de l’Orient à l’Occident ou du Nord au Sud, et inversement, le Liban est pour moi incontournable, c’est le centre physique et philosophique qui relie les hémisphères, les différentes civilisations et religions.
Depuis mon enfance, plus que d’aller sur la lune, mon plus grand désir était de découvrir le Liban d’aujourd’hui, bien diffèrent de celui de mes aïeux… Ce rêve s’est réalisé en 2015, quand je suis venu tourner au Liban plusieurs courts-métrages. Depuis, j’ai fait ma demande à l’Institut Ana Lebnani au Brésil pour obtenir la citoyenneté libanaise !
J’ai déjà réalisé 8 courts-métrages au Liban. ‘Lebanese food’ est sur le website This is Lebanon avec 2 millions de vues, ‘Under Construction’ montre la transformation urbaine de Beyrouth, ‘Ayouni’ présente un panel sur les diasporas du Liban actuel, ‘Arz el Arb’ montre l’importance du cèdre du Liban dans la culture… Et un documentaire intitulé ‘Lebanese Portrait’ est en projet pour mai 2017.
Quant à mon côté brésilien, il me connecte à une culture à la fois unique et métissée, car elle rassemble les racines indigènes, africaines et portugaises. Mon pays est un géant à la peau multicolore, fécondé par un patchwork de cultures, de peuples et de diasporas du monde entier. Quand je rentre à São Paulo, après un voyage, je suis toujours impressionné par la cohabitation des différences. Il y a une alchimie dans le rapport entre mes différentes cultures, telle la fumée de la shisha se diffusant dans l’air ambiant, les cultures se fondent pour créer du neuf.

De quoi se nourrit votre attachement au Liban ?
Mon grand-père paternel qui est né au Liban, a émigré à 17 ans au Brésil. C’est mon héros ! Il était orphelin, son adaptation fut douloureuse, il a souffert de préjugés et de harcèlement. Il a travaillé dur, a créé une grande famille. Avec son élégance, sa culture et sa discrétion, il est sorti d’une situation de guerre pour s’accomplir en tant qu’être humain. Le Liban est à son image…

Qui sont vos maitres ?
Les Phéniciens, Khalil Gibran, l’écrivain Raduan Nassar… Je change de maître comme je change de chemise ! Un SDF, des théologiens, des scientifiques ou des philosophes que j’ai lus… Même des gens que je n’aime pas me guident sur un nouveau chemin. Sinon, j’ai tout appris de mon métier en observant et en travaillant avec les meilleurs scénaristes, réalisateurs et producteurs de cinéma de São Paulo.

En quoi les Libanais du Brésil ont-ils influencé la culture et la société brésilienne ?
Ici nous avons la ‘sfiha’ et le ‘kebbé’ dans tous les bars, troquets et snacks de São Paulo. On croise toujours dans la rue quelqu’un avec une portion variable d’origine arabe. M’inspirant de l’histoire de mon grand-père, j’ai réalisé un documentaire intitulé ‘Brimo’ (surnom donné ici aux immigrés d’origine arabe). Je viendrai le présenter en mai au centre culturel Brasiliban, à Achrafieh.
Les Libanais sont arrivés ici sans un sous dans la poche et ont été acteurs de la révolution industrielle tardive. Ils fabriquaient des habits, des chaussures et divers ustensiles qu’ils vendaient dans les fermes, les cafés et dans les villages qui poussaient aux côtés des nouvelles voies ferrées. Les Libanais ont créé les premières petites usines, les ‘bazars’. Ils sont devenus d’importants avocats et juristes, des médecins et chirurgiens compétents et reconnus. Ils sont un exemple de réussite, un modèle d’intégration et d’assimilation.
Quand le printemps arabe a commencé, l’image de la communauté arabe du Brésil s’est trouvé stigmatisée. La communauté musulmane a été la cible de violences. Avec beaucoup d’artistes et d’intellectuels, nous nous sommes mobilisés au sein d’associations de défense des droits de l’homme, d’aide aux refugiés. Les Libanais, qui ont contribué à la construction du Brésil d’aujourd’hui, doivent faire changer les mentalités. En nombre de personnes et en influence, nous sommes l’équivalent de deux Liban.

Et quel peut être le rôle de la diaspora au Liban ?
A l’image du site de la Foire internationale de Tripoli, conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, il y a encore beaucoup de partenariats à inventer. Les différentes diasporas peuvent largement contribuer à la modernisation du Liban, apportant leur savoir-faire et leur expertise. Et en retour, nous pouvons rapporter aux compatriotes qui vivent ici le meilleur de ce qui se crée au Liban.

Beaucoup de jeunes Libanais choisissent de quitter le pays. Faut-il s’en inquiéter ?
Le Liban sera toujours trop petit pour un Libanais, mais énorme dans le monde, de par le poids de sa diaspora. Peu de pays au monde peuvent se targuer de cette richesse humaine et du niveau culturel de ses citoyens. Le Liban a un rôle de leadership car c’est un vivier de talents. Que ses enfants continuent de s’envoler !

A l’ère de la mondialisation est-on encore membre d’une diaspora autre qu’humaine ?
Nous portons la frustration de ne pas être omniprésents ; les ressources technologiques alimentent cette utopie. Les réseaux sociaux sont un miroir dans lequel nous nous regardons tels des Narcisse.
Mais ils sont extrêmement nécessaires aussi ! Je suis né pendant la dictature militaire, j’ai donc connu cette période où il n’y avait aucune remise en question possible, un lourd silence. Avec Internet et les réseaux sociaux, l’information est riche, continue, interactive…

Mon but est d’atteindre le plus de gens possible avec un message compréhensible qui leur inspire le bonheur.

Propos recueillis par Cécile Massoud


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L’Agenda Culturel tient à remercier le centre culturel libano-brésilien, Brasiliban, et tout spécialement sa directrice Najua Kamel Bazzi, pour sa collaboration sur le dossier ‘Diaspora culturelle libanaise’ et la prise de contact avec les artistes brésiliens d’origine libanaise.


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