Documentaires arabes : mémoire et intimité

Quel est le point commun entre un vieux pêcheur marocain, un ancien combattant du FLN algérien et une mère libanaise qui recherche son fils disparu pendant la guerre civile? Tous ces personnages sont au cœur de documentaires projetés lors du festival ‘Ayam Beirut Al Cinema’iya’
Les réalisateurs qui ont réalisé leurs portraits semblent avoir eu une quête commune : la mémoire.


Parmi les films sélectionnés, nombreux sont les films historiques. Le Liban était bien représenté : d'abord avec ‘Sleepless Night’ qui aborde le spectre de la guerre civile à travers deux portraits croisés, celui de Maryam Saidi, mère de famille à la recherche de son fils disparu et d'Assaad Shaftari, ancien officier des forces libanaises. Ensuite avec ‘74, the reconstruction of a struggle’ qui traite de l'occupation de l'Université américaine de Beyrouth en 1974. ‘Al Hara’, également d'un réalisateur libanais s'intéresse à la mémoire d'une mère de famille. Toutes ces histoires ont pour but de partir sur les traces de souvenirs bientôt éteints, pour lutter contre l'oubli. Cette tendance du film documentaire arabe est saluée par Reda Benjelloun, directeur des magazines d'Information et du Documentaire pour la chaîne marocaine 2M : ‘’Dieu sait si on a besoin de travailler sur notre histoire, de constituer notre mémoire’’. Et cette mémoire se constitue souvent à travers la famille. Dans ‘Fidaï’ par exemple, l'ancien combattant du FLN au cœur de l'histoire n'est autre que le grand-oncle du réalisateur Damien Ounouri.

Le ‘Je’ à l’honneur
Car le documentaire arabe laisse de plus en plus de place à l'intime. Même dans des films sur la guerre, on retrouve souvent une proximité avec le sujet, nouvelle dans cette partie du monde. Certains réalisateurs assument désormais faire des films pour eux avant tout, et les offrir à un public que leurs histoires personnelles pourraient toucher. Deux réalisateurs ont tenté l'expérience de filmer leur relation avec leur père, âgé ou absent : la libanaise Farah Kassem dans ‘Mon père ressemble à Abdel Nasser’ et le français d'origine égyptienne Karim Goury avec ‘The man Inside’. L’émotion qui ressortait de leurs films a touché le public beyrouthin, qui s'est entretenu avec les réalisateurs à l'issue de leurs projections respectives. ‘’Bravo de mettre en scène le ‘je’ alors que dans le monde arabe c'est souvent le groupe qui est omniprésent’’ dit un spectateur à Karim Goury.

On assiste à une effervescence du documentaire de création, qui est souvent très scénarisé. Ce travail de mise en scène à l'intérieur des films se ressent dans les plans sobres mais variés de ‘The Man Inside’ ou très élégants de ‘Sleepless Nights’. Visuellement, ‘Gaza 36mm’ offre également une complexité et un dynamisme intéressants. Ce travail de qualité s'explique par le talent des réalisateurs, mais peut-être aussi expliqué par la variété des formations qui sont offertes aux jeunes professionnels du cinéma arabe. Il y a certes les formations académiques dans les universités, mais également des séminaires et des ateliers de formations offerts aux porteurs de projets en cours développement. Parmi les films présentés, ‘Gaza 36mm’ était le fruit d'un travail de production fait lors de Docmed (programme destiné aux producteurs du monde arabe), et ‘The Man Inside’ avait était pré écrit à Beyrouth lors de Pile ou Face, un atelier de formation à l'écriture documentaire. Ces programmes ont pour but non seulement d'offrir une professionnalisation aux jeunes réalisateurs, producteurs ou scénaristes mais aussi de développer des réseaux entre eux, entre les différents mondes arabes.

Et si les thèmes abordés dans les documentaires du festival ‘Ayam Beirut Al Cinema’iya’
étaient rarement très joyeux, les messages partagés étaient souvent positifs, ils se faisaient l'écho d'une génération en pleine mutation.

Top 3 l'agenda
-‘Sleepless nights’ d'Eliane Raheb, pour l'intimité que la réalisatrice a su créer avec les deux protagonistes
-‘Gaza 36mm’ de Khalil El Muzayen pour son rythme dynamique et sa manière décalée de voir Gaza.
-‘The Man Inside’ de Karim Goury, pour son esthétisme et son récit sobre et tranché.

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