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Caroline Hatem : A pas de danse entre les mots

Peut-on être à la fois écrivain, danseuse et comédienne ? A cette question, Caroline Hatem répond que l’on ne saurait être l’un sans l’autre. Cette certitude, elle l’a forgée en se produisant sur la scène culturelle new-yorkaise et française. Réinstallée à Beyrouth, l’artiste pose, sur les planches comme dans ses livres, un regard aiguisé et poétique sur la société libanaise.



"L’écriture réunit tout ce que je fais", explique Caroline dans un mouvement gracieux, entre deux bouffées de cigarette. Le spectacle qu’elle répète actuellement est inspiré d’un roman libanais, ce qui ne surprend guère de la part d’une artiste qui entretient un lien permanent entre littérature et expression corporelle. " 'Rech Mayya' est adapté de 'Sous la baguette du coudrier' d’Eveline Bustros, une évocation de la condition de la femme au Liban à l’aube de la Première Guerre mondiale" explique Caroline. Sur une chorégraphie qui mêle danse contemporaine, hip-hop et dabké, elle interprète le rôle d’Anissa, une jeune mère confrontée à la tentation d’une passion interdite. "C’est une métaphore de l’antagonisme entre nature et culture. La femme libanaise déteste très souvent la nature en elle", précise la jeune femme, qui revendique, elle, le plaisir spontané de la danse.

Lorsque Caroline Hatem n’est plus en mouvement et se met à écrire - en français toujours - elle n’oublie pas la danseuse qui est en elle et s’en sert pour définir "le rythme et la forme des personnages", dit-elle. La lecture de ses textes, de facture réaliste et au style acerbe et vif, révèle d’inattendus moments de poésie. Dans le recueil de nouvelles 'Beyrouth Aller/Retour', coécrit avec Wael Barakat Rosine Makhlouf, on croise ainsi une ménagère de Jeitawi, qui, dans les yeux de son amant, se transforme en un véritable paysage ('Sur la rue'), ou encore une femme mariée à un milicien qui rêve d’un homme qui n’est jamais là ('Les fantômes d’exception'). Dans une autre nouvelle, 'Akram', l’auteure se met dans la peau d’un jeune homme au désir contrarié.

A chaque fois, c’est l’imagination, la sensibilité des jeunes Libanais d’aujourd’hui qui intriguent l’écrivain : "Par exemple, je ne parviens pas à comprendre pourquoi les Beyrouthins qui s’organisent en de multiples communautés, quasiment rue par rue, ne parviennent pas à faire le pas qui les mèneront au quartier d’à côté" se demande -t-elle. "J’ai l’impression que dans ce pays, il y a une haine pour tout ce qui est beau, ancien, naturel", s’interroge Caroline Hatem. Heureusement, il y a la scène et les livres, pour "tout guérir".

Florence Thireau

A savoir

- 'Rech Mayya', création chorégraphique sous la direction de Issa Skaff. Chorégraphie : Alice Massabki. Composition et arrangement musical : Joelle Khoury. Avec : Caroline Hatem, Entissar Al Hamdany, Methkal Alzghair, Malek Al Andary, Maguy Tawk. Théâtre al-Madina, du 24 au 27 février, et du 3 au 6 mars. Renseignements : (01) 753 010.
Le 10 mars au Centre culturel Safadi (Tripoli) - (06) 410014.

- 'Beyrouth Aller/Retour', recueil de nouvelles beyrouthines bilingue arabe/français de Caroline Hatem, Wael Barakat et Rosine Makhlouf. Editions Dar el Saqi, Beyrouth, 2010. 

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