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‘Tra Due Fuochi’ : l’écriture par la brûlure

C’est en utilisant différentes techniques et pratiques artistiques (sculpture, peinture par pigment, acrylique ou huile, collage) que Jean Boghossian s’attaque à la toile. Cette dernière, tantôt pliée tantôt brûlée, froissée, devient le lieu d’un travail de composition par la décomposition et l’éclatement. Une exposition pompéienne où, comme dit l’artiste, ‘‘l’éphémère de la flamme et de la fumée deviennent la permanence de la toile.’’


Cette exposition marque le second passage de Jean Boghossian au Beyrouth Exhibition Center pour une exposition solo, après ‘Burning’ en 2011. Au fil des ans, Jean Boghossian a expérimenté différentes techniques - dessin, peinture à l'huile, fusain, aquarelle, pliage et collage - alimentant son approche du feu comme matériau artistique. Bruno Corá, critique d'art et président de la Fondation Burri Città di Castello en Italie, est le curateur de cette nouvelle exposition qui est surtout centrée sur ce thème. Ce qui intéresse l’artiste ici est la recherche de l'équilibre dans le contrôle du comportement inattendu du feu et de la fumée. Il y a de la magie dans l'aléatoire et de l'instabilité dans ce processus. Il utilise différentes techniques de gravure en attaquant les livres, toiles, papiers et plastiques, avec une volonté de destruction constructive qu'il appelle "le miroir de l'âme". D'autres artistes avant lui ont utilisé des outils qui consistent à brûler, y compris les torches, machines à souder, bougies, poudre et explosifs. Cependant, Boghossian les utilise à sa façon de créer son propre langage visuel.

Son travail est avant tout un travail expérimental sur la matière et ce à différents niveaux : le support tout d’abord, les matériaux ensuite, les techniques enfin, qualifiées de ‘mixtes’. L’artiste souligne en effet qu’il a ‘‘toujours été obsédé par les contrastes et que la peinture permet de les réconcilier.’’ Cette exposition présente des œuvres extrêmement hétéroclites et diverses entre elles dans un espace vaste, découpé en plusieurs pôles, articulant les travaux selon leur esthétique.

Le travail de brûlures de l’artiste revêt différentes formes. D’abord, c’est une brûlure au sens physique, puisque les toiles sont criblées de trous et transpercées par la flamme. ‘‘Il est impossible que les trous des immeubles de Beyrouth n’aient pas eu une influence sur mon travail de brûlures’’, témoigne l’artiste. La peinture abstraite de l’auteur, aux couleurs pâles, nous projette dans un décor chaotique alourdi par la charge de cicatrices provoquées par la brûlure de la toile. Aussi, son travail sur le bronze rappelle une scène presque pompéienne : ses sculptures sont des livres brûlés, comme captés et figés dans leur propre mouvement. Le bronze à la couleur noire renvoie à des objets carbonisés, mais qui ne sont pas réduits à l’état de cendres, d’où cette évocation à Pompéi où les cendres volcaniques ont su conserver les corps et les objets dans leur mouvement, comme un procédé de momification. L’artiste utilise la fumée pour composer ses tableaux à la fois comme une trace et une encre puisque certaines œuvres contiennent des messages écrits en arabe grâce à la fumée.

‘Tra Due Fuochi’ est dans la continuité du travail de l’artiste, explorant les résultats inattendus du feu comme objet de création artistique. Mêlant les phénomènes physiques (combustion, brûlure, asphyxie) à l’art, Jean Boghossian crée des toiles et des sculptures originales où la présence du feu, dans ses différents états, apparaît comme un outil tout aussi intéressant et incroyable que le pinceau.

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