Rami el-Nimer : ‘‘Dar el-Nimer sera notre témoignage de gratitude envers le Liban au nom du peuple palestinien’’

Le 26 mai 2016, un nouvel espace culturel s’ouvre au public à Beyrouth. La fondation Dar el-Nimer est un lieu qui se dédie aux arts et à la culture de Palestine, du Levant et de la région environnante. Son fondateur, Rami el-Nimer, nous explique la raison d’être de ce lieu et ses ambitions.


Vous êtes un collectionneur d’art. Qu’est-ce qui vous attire dans l’art ?
C’est vrai je suis collectionneur d’art depuis mon très jeune âge ; l’art pour moi a toujours été une plateforme permettant d’accéder à notre riche culture. A travers l’art, nous pouvons comprendre davantage des divers problèmes auxquels notre humanité est confrontée.

Comment vous est venue l’idée de Dar el-Nimer ?
Le côté vibrant de la société civile et les libertés que l’on trouve ici à Beyrouth ont quelque chose d’unique dans cette partie du monde, et ont permis le développement d’un lieu comme Dar el-Nimer, c’est-à-dire un lieu culturel où l’on peut se pencher sur les problèmes contemporains et la complexité historique de la région de manière ouverte, critique et créative. Ce contexte beyrouthin permet aussi à Dar el-Nimer de servir de plateforme culturelle pour la communauté palestinienne du Liban et d’espace de recherche, de dialogue et d’engagement intellectuel.

Quelle relation souhaiteriez-vous voir Dar el-Nimer avoir avec Beyrouth ?
Juste après l’effondrement de l’Empire ottoman, Beyrouth est devenue la capitale culturelle de tout le Moyen-Orient. Beaucoup d’esprits libres ne pouvaient pas se résoudre aux gouvernements autocratiques émergeants dans les régimes socialistes, dictatoriaux ou autres royautés. Les intellectuels du monde arabe ont afflué vers Beyrouth jusqu’en 1975, et cette guerre civile qui a apporté son lot de misère au pays. C’est une guerre civile dont nous pâtissons toujours aujourd’hui, car il y a de complètes incompréhensions entre Palestiniens et Libanais, et nous voulons ouvrir le dialogue. Dar el-Nimer sera notre témoignage de gratitude envers le Liban au nom du peuple palestinien. C’est notre contribution à Beyrouth, une ville qui doit revenir à sa grandeur passée.

Dar el-Nimer va exposer en permanence des œuvres de votre collection privée. Que pouvez-vous nous en dire ?
La collection est très diversifiée. Elle peut se diviser en plusieurs catégories. Elle s’est élaborée à partir de mes goûts et pour des raisons nationalistes. Je choisis des œuvres dans l’optique de former des groupes qui prennent sens au sein de ma collection. Mon but n’est pas d’avoir une collection complète, mais de trier des œuvres spécifiques et de les assembler de sorte à approfondir la compréhension qu’a le public de l’évolution de l’art.
La plus grande partie de la collection est composée d’art islamique, couvrant majoritairement la période ottomane. Ce sont de manuscrits, des œuvres sur papier, des arts décoratifs, des pièces de monnaie, etc. Il y a également des œuvres des époques omeyyades, abbassides, fatimides, mamelouks, seldjoukides, timourides. On y retrouve aussi mon intérêt pour la calligraphie, car je considère que la calligraphie arabe a historiquement uni beaucoup de régions des terres islamiques.
La deuxième grande partie de la collection comprend des pièces d’art chrétien de Palestine des XVIe et XVIIe siècles. Le groupe le plus unique étant celui des icônes de l’Ecole des icônes de Jérusalem. Je possède aussi une large collection d’icônes en nacre de Bethléem des XVIIIe et XIXe siècles. Cette partie de la collection est extrêmement importante pour moi puisqu’elle est un morceau essentiel de notre patrimoine.
L’art moderne et contemporain de Palestine est une partie qui est en train de se constituer. J’essaie de m’assurer que les artistes palestiniens soient bien représentés dans la collection. Les documents d’archives et les photographies du Levant, avec une attention particulière sur la Palestine, sont de même bien mis en avant dans ma collection. Je crois dans la préservation de la mémoire de la Palestine à travers ces objets.
Une fois par an, des expositions seront tirées de ma collection privée. La première sera sur l’art de la calligraphie et son évolution, des premiers scriptes kufi à l’usage contemporain de la calligraphie dans les œuvres d’art.

Dar el-Nimer accueillera aussi des expositions contemporaines, des performances, des discussions…
Dar el-Nimer est consacré à une re-visualisation de l’histoire régionale à travers les arts, et pour cela nous allons proposer trois sortes d’expositions. Les expositions tirées de la collection el-Nimer, les expositions commissionnées pour soutenir les artistes issus de divers champs artistiques, et les expositions que nous hébergerons et qui émanent de la région et du reste du monde. Nous allons offrir un vaste espace pour les performances culturelles ce qui inclut également du théâtre, du storytelling, des projections de films, des débats, des concerts, des tables rondes, des lectures, des présentations pour les écoles, etc.
Nous avons un comité en charge de choisir quels seront les thèmes que nous souhaitons mettre en avant dans les expositions et à travers notre programmation, en plus des partenariats que nous souhaitons mettre en place avec des universités et des organisations de renom. Dans ce sens, nous accueillons la première exposition internationale du Musée palestinien en mai, et nous avons signé un partenariat avec Qalandiya International, qui promeut la culture palestinienne contemporaine.

Quel type de public souhaitez-vous attirer à Dar el-Nimer ?
Nous souhaitons attirer tous les publics, mais pour moi bien sûr les plus importants sont les écoliers et les jeunes. La nouvelle génération a vécu des périodes de guerre et n’a pas vu la beauté de cette partie du monde. Ils ont vu leurs villes détruites, ce qui a créé beaucoup de problèmes… Mais ils n’ont pas vu le beau visage du Liban, dont Beyrouth était en quelque sorte le centre. Nous créons des connections avec des écoles, des centres éducatifs, des universités pour qu’ils bénéficient de nos ressources et nous invitons tous les protagonistes de notre espace à travailler de manière expérimentale, tout comme nous encourageons les collaborations multidisciplinaires et les propositions innovantes pour engager la société vers la production culturelle et les arts. Bien sûr, nous souhaitons attirer toute sorte de personnes, c’est une plateforme pour intellectuels aussi, et nous souhaitons faire des communautés locales la priorité.

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