Leila Kubba Kawash, loin des rives sur les quêtes de l'identité

Leila Kubba, artiste-peintre née en 1945 près de Bagdad d'un père irakien et d'une mère suisso-américaine, a beaucoup voyagé, d'exils forcés à choisis, et a choisi d'entraîner du 26 octobre au 30 novembre les curieux loin des côtes connues avec son exposition ‘Far From the Shore’ à la galerie Artspace Hamra.

Leila Kubba a passé une enfance heureuse sous le soleil irakien avant de se retrouver déracinée, par les aléas de la vie et de la politique, en Angleterre où elle étudie les Beaux-Arts à Manchester. ‘‘Moi qui adore les couleurs, je me suis retrouvée à tout peindre en gris, confie-t-elle en souriant. J'ai seulement réalisé dans les années 80 que les bâtiments n'étaient pas noirs quand ils ont été lavés !’’. Avant de se retrouver de nouveau en vadrouille, 13 ans à Abu Dhabi où elle réalise sa première exposition en 1976, puis en Grèce pour 13 ans également, Londres, et enfin Washington DC où elle reprend des classes d'art et reçoit sa ‘‘vraie éducation pour les arts, qui a tout renouvelé’’, tout en exposant un peu partout sur son passage. Elle jongle entre toutes ces villes jusqu'en 2006, où elle débarque rejoindre son mari au Liban le premier jour de la guerre d'Israël qui la fait fuir en Jordanie. ‘‘Je n'ai pas l'habitude de rester dans un même endroit trop longtemps’’, souligne-t-elle.

La politique n'a jamais été son dada, mais a pourtant affecté toute sa vie. ‘‘En 2004, je suis retournée en Irak pour une visite et j'ai été très déçue, tout avait changé. Ce n'est pas naturel de ne pas pouvoir revenir sur sa terre natale’’. L'exposition ‘Far From the Shore’ vient du thème du déracinement que l'artiste ressent personnellement et avec peine. Elle a d'ailleurs déjà exposé à Amman sur la façon dont la guerre affecte les mères séparées de leurs enfants, sur le fait de tenir son enfant froid dans ses bras, ainsi que le lavage du linge, tâche dont s'acquittent les femmes malgré la guerre. ‘‘Il y a une ressemblance entre le palmier irakien, qui paraît fin et donc fragile mais qui est en fait très fort, et les femmes, qui se doivent d'être fortes. Après la guerre en Irak, les palmiers étaient toujours là, c'est la seule chose qui n'avait pas changé’’. Émue par la crise des réfugiés syriens, elle n'hésite pas à nouer des liens entre ce qu'elle et d'autres ont vécu et leur présente situation.

Le déplacement est donc le thème majeur de cette exposition, au travers de deux axes. D'abord la mer, ‘‘être perdu en mer, perdre l'identité que vous devez liquider’’. Et ensuite, la beauté ’’au lieu de l'horreur de la guerre, grâce à des souvenirs joyeux de l'endroit d'où je viens, que chaque immigrant porte en soi… En tant qu'artiste, je porte des sentiments et de la douleur en moi, mais je dois les exprimer d'une façon agréable au premier regard. Vous devez chercher la douleur un peu, sinon ce serait comme un reportage ! Ce qui me rend heureuse, c'est de voir des gens revenir une seconde fois pour ressentir autre chose’’. Leila Kubba parle d'une construction ’’en couches’’ : ‘‘Je viens d'une terre cultivée, pleine d'histoire, aussi mes peintures comportent de nombreuses couches. Peut-être que la première a disparu, mais je sais qu'elle est toujours là’’.

‘Far From the Shore’ ne présentera qu'une partie de ses peintures sur ce thème, ’’mais je laisse les curateurs choisir, je voudrais tout mettre autrement’’. L'artiste a d'ailleurs elle-même fondé la galerie Artspace Hamra il y a un an et demi, ayant voulu rapprocher l'offre culturelle d'endroits plus accessibles que Bir Hassan où se trouve son studio-galerie Orjwan. Son but est de continuer à donner des classes d'art, mais aussi de proposer d'autres événements culturels au public afin de le ramener en-dehors des moments d'exposition. ’’Et pourquoi pas réaliser une exposition de photographies des années 60 de ce coin du quartier de Hamra, historiquement très riche’’, ajoute-t-elle avec enthousiasme.


‘Far From the Shore’ de Leila Kubba Kawash
Galerie Artspace Hamra.
Du 26 octobre au 30 novembre 2016
Vernissage le mercredi 26 octobre de 18h00 à 21h00
(01) 736516 ; (71) 30116

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