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La guerre civile libanaise, sous l’oeil d’Alfred Tarazi

A partir du 22 avril, la galerie Janine Rubeiz offre un grand plongeon dans le monde de l’artiste Alfred Tarazi. Né en 1980 à Beyrouth, il travaille sur la mémoire collective de la guerre civile qui a déchiré le Liban de 1975 à 1990. Entretien avec l’artiste.


Vous présentez ‘An Empty Plot of Land’ à Beyrouth. Que pouvez-vous nous en dire ?
Cette exposition sera l'aboutissement de plusieurs années de travail et risque donc de verser dans la sursaturation. La force aurait été de présenter un espace vide, et de faire exploser ce vide. Je travaille sur des notions de commémoration, de recueillement, de deuil et d'espoir en essayant d'imaginer une fin à la guerre civile libanaise. Cette fin ne peut avoir lieu qu'autour d'un moment unificateur à travers lequel les Libanais rendront hommage à leurs proches qui ont péri criblés de balles et autres atrocités dans des cycles de violence qui n'ont malheureusement toujours pas pris fin.

Pourquoi avoir choisi ce titre ?
Un espace vide pose deux questions : la raison de ce vide et la possibilité d'intervenir, d'écrire dans ce vide. Dans mon cas, le vide s'offre à travers l'espace de la galerie. Dans cet espace, je compte projeter un projet : un mémorial pour les victimes de la guerre civile. L'idée du mémorial est d'investir des terrains vagues avec des stèles marquant le nombre de morts provoqué par cette guerre. Ces terrains, tout aussi qu'ils soient vides, portent en eux-mêmes l'histoire et la mémoire des ruines qui les ont précédés et engendrés. Dans un temps suspendu entre la construction et l'oubli, ces espaces offrent la possibilité d'une intervention.

Quelles sont vos principales influences artistiques ?
Le cinéma a toujours été une révélation pour moi : cette possibilité d'enchaîner des séquences d'images et de provoquer le spectateur à travers un flux de sensations. La peinture demande probablement plus de retenue : on doit se concentrer sur une image, un seul cadre. Ce qui m'intéresse, c'est la collusion de ces deux mondes, un cinéma de peintre auquel puisse s'ajouter ce qui manque à la peinture : le son. Il faut ajouter aussi la nécessité de créer de nouvelles plateformes à travers des interventions urbaines pour provoquer de nouvelles rencontres entre le public et de nouvelles idées.

Quel message cherchez-vous à véhiculer à travers votre travail ?
Ce qui est plus important qu'un message, c'est l'espace d'exploration ouvert par la pratique artistique. Se concentrer sur un message peut aboutir à une formulation didactique d'idées souvent bien plus complexes. Depuis plusieurs années, mon travail s'articule autour de l'écriture de l'histoire contemporaine du Liban. La question que cette démarche ouvre est la possibilité de coexistence d'histoires conflictuelles et antagonistes.

Vous avez été exposé au Koweït, à Bruxelles, à Londres, à Dubaï, mais aussi à Lisbonne. L’accueil est-il différent d’un pays à l’autre ?
Ce qui transcende le travail en lui-même ce sont les discussions qu'il engendre avec un public. En exposant internationalement les tribulations contemporaines du Liban, ce qui me frappe chaque fois c'est le fait que la guerre est présente dans la mémoire et dans l'historique de tellement de personnes. Je travaille avec une galerie à Vienne et donc j'expose souvent là-bas. Pour les Autrichiens, la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale est encore très présente à travers le silence des générations qui l'ont vécue, mais ne l'ont pas communiqué à leurs enfants.

Cela représente-t-il quelque chose de particulier, pour vous, d’être à l’affiche d’une exposition individuelle dans votre pays natal ?
Ce qui est particulier à cette exposition, c'est le lieu et l'historique de la galerie Janine Rubeiz qui a été un des premiers espaces dédiés à l'art au Liban. C'est un réel honneur de pouvoir m'associer à cette histoire.

Avez-vous de nouveaux projets à venir ?
Le propre d'un artiste est-il de ressasser inlassablement un nombre d'idées et d'obsessions ? Vivre au Liban, au Moyen-Orient, c'est se trouver dans un espace-temps où l'histoire s'écrit violemment au jour le jour sous nos propres yeux. Cette histoire dépasse tout entendement. Pour survivre l'heure du nouveau Moyen-Orient, il faut peut-être retourner en arrière, à l'effondrement de l'empire ottoman. Je compte explorer cette période pour comprendre les sources du mal de cette région et ces peuples qui ont tant de mal à se projeter dans un futur stable.

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