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La fête du graffiti à Dora

Dimanche après-midi, renonçant à une bonne sieste, me voilà à Dora accompagné de ma petite fille pour visiter une exposition en live de graffiti. J’étais, et de loin, le visiteur le plus âgé car le graffiti est un art jalousement accaparé par les jeunes. Nous, les vieux, ne comprenons rien à cet art, qui rappelle par analogie l’époque où il s’agissait de découvrir la musique sérielle et où il fallait explorer le dodécaphonisme ou l’atonalité de cette forme de musique.


L’art du graffiti est moins sérieux, il s’appréhende plus facilement, s’adresse principalement aux yeux. Derrière les couleurs vives qu’il affectionne, il se veut porteur de messages, non pas subliminal, mais au premier degré. Il parle de la vie, de la mort, de la joie, tristesse, politique… Il s’affranchit de toute école de pensée, de références historiques, il est le nouvel art nouveau qui épouse son siècle.

Ses adeptes, pour n’avoir pas à parler de prêtres, se recrutent essentiellement chez les jeunes, qui s’adonnent à une vraie passion qui dégarnit sérieusement leur porte-monnaie car ils ont à payer ces ‘bombes pacifiques’, qui leur coûte chacune entre 3 et 10$, et il leur en faut entre 3 et une bonne douzaine pour assouvir leur soif de couleurs et de nuances. Leurs œuvres terminées ne sont pas à vendre, ils le savent et n’en ont cure, l’essentiel pour eux étant de calmer leurs ardeurs, étancher leur soif de formes, de couleurs et de création.

Comme chez tous les artistes, une révolte intérieure les habite. Ils franchissent parfois des limites, offrent leurs œuvres à des murs dont les propriétaires ne sont pas demandeurs. Dans certains pays ils sont pourchassés, poursuivis par les autorités qui leur courent après pour les arrêter, les condamner. Il y a peu d’exemples dans notre siècle où un art est traqué, où un consensus quasi-général s’établit dans l’opinion publique pour dénoncer de tels abus.

Chez nous, il semblerait qu’un modus vivendi ait été trouvé , il faut dire que notre capitale offre tellement de cimaises potentielles que nous sommes loin de la saturation. Mais il nous faut aller plus loin, annexer à la ville cette forme d’expression, la rattacher, l’adjoindre aux efforts de lutte contre ce béton envahissant.

Certains l’ont compris, comme Monsieur Sarkis Demirdjian, président de la société Demco Steel, qui a invité les graffeurs de ce week-end à venir en nombre prendre possession du mur extérieur de son usine –espace quasiment aveugle-, pour le transformer par étapes en un gigantesque musée vertical. Monsieur Demirdjian ne regrette pas sa décision nous a-t-il dit, et croit en cet art surtout s’il est pratiqué par des artistes talentueux et respectueux de l’environnement. Ce que M. Demirdjian ne sait pas, c’est qu’il se fera certainement des envieux qui n’ont pas su, les premiers, embellir à si peu de frais leurs locaux. Mais nous ne voulons pas d’envieux, il nous faut des émules. Et ces derniers seront d’autant plus nombreux si nos architectes, décorateurs et annonceurs acceptent de jouer le jeu, conseillant à leurs clients cette forme nouvelle de l’art afin que notre capitale, à l’approche du centième anniversaire de la création du Liban, revête ses habits de fêtes, épouse son siècle, entre dans les annales. Pour terminer il faut féliciter la société de bière 961, qui a sponsorisé la fête, permis à ces jeunes de n’avoir pas cette fois-ci à puiser dans leur portefeuille en offrant à chacun des 16 participants onze ‘bombes-pacifiques’ fournies par le très actif organisateur Georges Khoury dont nous aurons souvent l’occasion d’entendre parler.

Dans le temps, les grands de ce monde ajoutaient à leurs châteaux des peintures en trompe-œil aux effets saisissants. Qu’on sache que le graffiti pourrait devenir ce trompe-œil du siècle !

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