La collection Fouad Debbas à l'Institut français

Sur le thème du Mois de la francophonie, le rire, l'Institut français a ouvert ses portes à une exposition composée de cartes postales, de photographies, de caricatures et d'extraits de journaux satiriques issus de la collection Fouad Debbas. L'exposition 'Un siècle d'illustrations à l'épreuve du rire' a vocation à faire sourire, mais surtout réfléchir à ce que représente l'humour avec le recul historique.



Fouad Debbas était un ingénieur libanais né en 1930 et passionné par la collecte de l'information, des preuves visuelles et des témoignages du passé. Il a d'ailleurs écrit des ouvrages de référence sur le passé de son pays, motivé par le besoin de combler un manque de documentation visuelle. Drôle, mais aussi rigoureux et passionné, il a passé 26 ans de sa vie à rassembler cartes postales, illustrations, photographies et médias de tous supports sur le Moyen-Orient, jusqu'à constituer une collection d'environ 40 000 items actuellement soigneusement conservés dans l'immeuble Debbas situé Corniche An Nahr, à Beyrouth, et qu'il est possible de visiter sur rendez-vous. C'est un petit extrait de cette collection qui se trouve à l'Institut français jusqu'au 22 mars, porteur d'un message subtil et engagé.

"Nous souhaitons au travers des expositions faire découvrir le passé du Liban, de la Syrie et de la Palestine", confie la responsable de la collection, Yasmine Chemali. "Cette présentation sur le thème du rire nous a permis de nous mettre en quête d'images pertinentes, qui titillent le regard et la pensée du visiteur, de sortir du caractère sérieux de la collection pour passer un message : celui de se demander comment le regard et le rire évoluent sur ces images du passé, de 1860 à 1960. Avec un regard actuel, il est possible d'en rire, mais aussi de s'interroger sur l'évolution de l'humour au travers du temps, tout en pouvant prendre de la distance". Yasmine Chemali et Clémence Cottard, coresponsable, se sont ainsi attelées à la tâche avec ardeur et passion, et prennent soin des visiteurs pour leur donner des pistes de réflexion lors de la visite. Derrière cet engagement culturel se cache une motivation plus engagée : "Le patrimoine visuel unit les gens", estime Clémence. Sa collègue développe : "Il s'agit d'établir un lien entre les Libanais et leur patrimoine en passant par le visuel, surtout à un moment où l'on détruit notre héritage architectural et urbain ! Les habitués de la collection sont d'ailleurs très souvent des gens engagés dans la préservation du patrimoine. Et plus indirectement, il s'agit de redonner de la valeur à des items du passé, des caricatures drôles sorties à des moments de guerre et de massacres, mais qui permettent aux visiteurs de prendre du recul tout en s'adressant au plus grand nombre, de tout âge et de toute confession, car nous avons ce même passé". Du 10 au 14 mars, elles organisent ainsi des ateliers pédagogiques destinés aux enfants de 9 à 11 ans afin de leur permettre de s'approprier les images, d'y réagir et de travailler dessus avec leur propre interprétation. "Il est important de sensibiliser les jeunes à l'importance de la préservation du patrimoine visuel au Liban", explique Clémence. "Ce sont eux les acteurs de demain", complète sa collègue. "Il est primordial qu'ils comprennent que la conservation de la mémoire est importante, surtout dans un pays au passé et au présent aussi difficiles."
Une petite exposition, chargée de messages, et organisée selon un ordre rigoureux. Une introduction permet de parler du travail de Fouad Debbas et d'illustrer par des "extraits" ce qui vient ensuite. Première étape, les pièces maîtresses de l'exposition : des extraits reproduits et agrandis du 'Journal amusant' et du 'Charivari', deux journaux satiriques français traitant de la Syrie et du Liban en 1860-61, et qui abordent avec humour des sujets graves. Ensuite, des cartes postales humoristiques, caricatures de scènes de vie du début du 20e siècle, font sourire par leur légèreté et leur vivacité. Enfin, des photographies représentant des étudiants de l'USJ faisant du théâtre, de l'AUB faisant du sport, ainsi que des baladins, montreurs d'ours et de chèvres qui parcouraient alors les rues de Damas et de Beyrouth, permettent de rendre compte avec des scènes amusantes de la vie du siècle passé. Une vie et des images à la fois révolues tout en restant surprenantes d'actualité.


Propos recueillis par Florence Massena

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