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Charbel Matta ou les couleurs du Liban en France

La récente actualité de Charbel Matta, peintre libanais établi en France et professeur à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux, était très chargée. Après une exposition fort réussie à l’Office du tourisme du Liban à Paris, autour du thème ‘Abjadiya’, l’artiste est invité à exposer certaines de ses toiles au siège de l’Unesco à Paris dans le cadre de la Journée mondiale de la langue arabe. Il est en outre très impliqué dans des projets artistiques et culturels dans sa ville natale de Ghazir. Pour l’Agenda culturel, Charbel Matta évoque son parcours et ses projets.


Quel est votre parcours pictural et professoral tant au Liban qu’en France ?
Je suis originaire de la ville de Ghazir au Liban. En 1973 je suis parti pour la France afin d’y poursuivre mes études supérieures. C’est là que je me suis orienté vers les arts plastiques à l’Ecole supérieure des beaux-arts de Bordeaux où j’enseigne depuis la peinture, et en histoire de l’art à l’Université de Bordeaux III – Michel Montaigne. Je suis en outre conférencier sur différents sujets touchant à l’histoire de la peinture.

Parlez-nous de la genèse et de la spécificité d’’Abdjadiya’ qui allie si harmonieusement l’art abstrait et figuratif ?
Je me considère plutôt attiré par l'abstraction, malgré quelques clins d’œil figuratifs. La couleur et la lumière sont toujours au centre de mon travail. ‘’Toute ma vie j'ai cherché la lumière’’ disait Monet .
Cette exposition s’est tenue dans le cadre du cinquantième anniversaire de l’Office du tourisme libanais à Paris en présence de M. l'Ambassadeur Khalil Karam de Mgr Maroun Nasser Gemayel et d'un grand public. Avec le thème de ‘Abjadyia’, j’ai choisi de mettre à l’honneur l’alphabet phénicien, universel et mondialement connu, tout en restant discret sur notre patrimoine touristique. Notre pays souffre de nombreux problèmes et pâtit d’une situation régionale désastreuse ; il est boudé par les touristes. C’est pourquoi j’ai préféré attirer le regard sur une fierté nationale qui n’a pas été abîmée par la guerre ni par les hommes et qui a traversé le temps. Patrimoine commun à toute l’Humanité, l’alphabet phénicien a rayonné dans tout le bassin méditerranéen et a ouvert la voie à d’autres civilisations.
A travers ‘Abjadyia’, j'ai pu traiter d'autres sujets qui me tenaient à cœur, tels que le murex qui a donné naissance au rose tyrien (toile Phoenicia), le Mythe d'Adonis qui par sa mort a teinté de rouge les anémones du fleuve d’Adonis ou Nahr Ibrahim la Légende d'Europe, princesse de Tyr enlevée par Zeus, mais aussi rendre hommage à l'un des plus grands de nos penseurs Saïd Akl, fier de sa phénicité (toile Méchouar), à Andrée Chédid (toile Double pays), à Pierre Benoît (toile Rivage), ou encore peindre la beauté de la Rome phénicienne ( toiles Parcelles ou la Békaa )

Quel est le rôle de l’écriture dans votre œuvre ?
L'écriture occupe mon travail depuis quelques années et apparaît dans mes expositions récentes. Je l’utilise comme un graphisme qui rythme la composition et participe à traduire
le mouvement, à éviter la rigidité et la symétrie. Collages, pigments, épaisseur de la pâte, touches exagérées par les rajouts au couteau, coups de pinceau prononcés, fragments d'images indéfinis ou suggérés, contrastes de couleurs, oppositions colorées exagérées face à un noir fort et franc. Tout cela au service d'une peinture abstraite, avec de la matière, une symphonie de couleurs. J'aime le grand format pour mes toiles pour libérer le geste, et la peinture à l’huile pour sa sensualité.

Avez-vous d’autres projets artistiques en France et au Liban, notamment dans la ville de Ghazir ?
Je prépare une exposition pour le printemps 2015 à Bordeaux en partenariat avec la ville de Bordeaux. Pourquoi pas aussi une exposition au Liban !
Quant à Ghazir, j’y ai déjà réalisé un grand mémorial des Jésuites de la mission de Ghazir (inauguré en 2011) ainsi qu’un monument à la mémoire d’Ernest Renan qui y a écrit son célèbre ouvrage ‘Vie de Jésus’ en 1861.
Actuellement, je réalise des vitraux pour l’église paroissiale Notre Dame de l'Assomption (Saydet el Habchieh) de Ghazir. Quant aux futurs projets dans cette ville en collaboration avec la municipalité, ils consistent en la réhabilitation et la restauration d'une ancienne route romaine (un escalier qui a été remblayé et ‘’sauvagement massacré’’ lors du tracé d’une route) et qui servait jadis aux muletiers, reliant la région du Ftouh à Ghazir, autrefois centre de commerce et de ravitaillement pour toute la région d’une part et en la réalisation d'un musée culturel du patrimoine de Ghazir d’autre part.
Vous savez les années passées en France et la distance n'ont fait que resserrer mes liens avec le Liban et avec ma terre natale Ghazir.

Propos recueillis par Zeina Saleh Kayali

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