Beyrouth dans le viseur de Lamia Joreige à Artes Mundi

Depuis le 21 octobre, Lamia Joreige est en lice pour le prix de la septième édition de la biennale Artes Mundi qui se tient à Cardiff, au Royaume-Uni, et qui récompense le travail d’artistes socialement et humainement engagés. L’artiste plasticienne et vidéaste libanaise y présente une sculpture intitulée ‘Object Of War’, directement inspirée de la mosaïque du Bon pasteur, suspendue dans le hall des mosaïques du Musée national de Beyrouth.


Il n’est plus nécessaire de la présenter. Co-fondatrice et membre du comité exécutif du Beirut Art Center, le premier centre d’art contemporain à but non lucratif de la capitale, Lamia Joreige a marqué la scène artistique de son empreinte. Reconnue à l’échelle internationale, elle a exposé dans les plus grandes institutions artistiques du monde, de la Tate Modern londonienne en 2011 au Centre international de la photographie de New York en 2008, en passant par le Centre d’art Reina Sofia de Madrid en 2010. L’artiste s’est illustrée par sa réflexion sur la relation entre les histoires individuelles et l’histoire collective, sur laquelle elle travaille à partir de documents d’archives et d’éléments fictifs. C’est ainsi qu’en 2011, sa série de témoignages vidéo ‘Objects Of War’, dont le célèbre musée britannique Tate Modern a par la suite fait acquisition, a marqué les esprits. Ce travail était essentiellement sur le temps, l'enregistrement de sa trace et de ses effets. ’’C’est un projet que je continue de porter aujourd’hui, souligne l’artiste. J’ai demandé à chaque personne qui a livré son témoignage de choisir un objet à travers lequel elle racontait son histoire personnelle de la guerre. Au final, j’ai assemblé toutes les interviews qui, tout en travaillant la mémoire collective, mettent en exergue l’impossibilité d’accéder à une histoire, à une vérité’’.

Avec sa sculpture ‘Object Of War’ ’’à ne pas confondre avec sa série ‘Objects Of War’’’, précise l’artiste, Lamia Joreige continue d’explorer les différentes possibilités de représentation des guerres du Liban, de l'après-guerre et de Beyrouth, une ville au centre de son imagerie. Avec succès. Cette réalisation lui a valu d’être sélectionnée, parmi plus de 700 candidatures de 90 pays, à la septième édition de la célèbre et prestigieuse biennale d’art contemporain Artes Mundi. Pour ce nouveau projet, Lamia Joreige a resserré ses recherches autour de la collection du Musée national de Beyrouth et de son quartier, divisé à l’époque de la guerre civile par une ligne de démarcation entre l’est chrétien et l’ouest musulman de la capitale. La sculpture fait partie du deuxième chapitre d’un long travail de réflexion intitulé ‘Under-Writing Beirut’ qui s’intéresse à des lieux qui ont une signification historique et personnelle – tissant des liens entre les traces des réalités passées, le temps présent et les fictions qui les réinventent. ‘Object Of War’ est ‘‘l’empreinte du vide’’ laissée par un impact de balle de snipers dans la mosaïque dite du Bon pasteur. ‘‘J’ai demandé à avoir accès à la réserve du musée ainsi qu’à ses archives que l’on m’a refusé, explique l’artiste. On m’a par contre ensuite proposé de consulter cette mosaïque endommagée par un sniper qui avait tiré dessus pour avoir dans son viseur la place du musée et les gens qui franchissaient la ligne de démarcation’’. Lamia Joreige a mesuré et photographié le trou créé par le tir du franc-tireur, a commandé un dessin en trois dimensions à partir duquel elle a fait faire un moule, une sorte de structure pour remplir le néant. ‘‘Cette sculpture est une reformulation poétique du trou. Elle est le négatif du vide’’, précise l’artiste.

Le travail de l’artiste plasticienne et vidéaste, née en 1972 au Liban, est exposée jusqu’au 26 février à Artes Mundi. Première biennale d’art contemporain britannique, cet évènement est une plateforme artistique incontournable de la scène culturelle internationale. Elle est un lieu d’échange entre les artistes contemporains les plus en vogue et invite à la réflexion sur la condition humaine, les sociétés et modes de vie modernes. Aux côtés de cinq autres artistes présélectionnés – la Belgo-américaine Amy Framcheschini, le Gallois Bedwyr Williams, le Britannique John Akomfrah, le Belgo-angolais Nástio Mosquito et le Franco-algérien Neil Beloufa, Lamia Joreige concourt au prix de l’exposition d’art visuel internationale créée en 2002 par l’artiste gallois William Willkins. L’enjeu est de taille. Le lauréat, dont le nom sera dévoilé le 25 janvier 2017, remportera une enveloppe de 50 000 dollars pour la réalisation de ses travaux. D’ici là, Lamia Joreige reste sereine et poursuit son travail de recherches ‘Under-Writing Beirut’, dont elle vient d’entamer le troisième chapitre sur la banlieue sud de la capitale, Ouzai. ‘‘Je ne sais pas ce que je ferai si je remporte le prix, a-t-elle réagi. Je suis déjà très heureuse d’avoir été nominée et d’exposer dans un tel environnement. C’est une étape’’.

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