À l’occasion de la visite du Pape au Liban, une œuvre du peintre libano-canadien Jean-Marc Nahas a été officiellement offerte au Saint-Père et au Vatican. Un geste à la fois intime et symbolique, porté par une profonde foi personnelle et par le désir de faire entrer une voix artistique libanaise au cœur du patrimoine spirituel mondial.
C’est Cyril Nahas qui a présenté cette donation au nom de l’artiste, dans une lettre empreinte de respect adressée au Pape et aux membres du Vatican. Il y souligne combien ce don est d’abord un acte de foi et de reconnaissance envers l’Église catholique, que Jean-Marc Nahas considère comme un refuge spirituel et moral.
Une œuvre de foi : « Crucifixion of Christ »
L’œuvre offerte, intitulée Crucifixion of Christ (2024), a été réalisée à Baabdat, au Liban. Il s’agit d’un tableau de 60 × 45 cm, exécuté à l’encre de Chine sur papier, ensuite monté sur toile, et signé en bas à droite.
En apparence, la composition est d’une grande simplicité : des lignes épurées, presque ascétiques, tracent le corps supplicié du Christ. Mais derrière cette sobriété se joue tout le vocabulaire plastique de Nahas :
un trait expressif et sûr, qui suggère la musculature, le mouvement et la souffrance par quelques gestes maîtrisés ;
l’usage volontairement limité du noir et blanc, sans couleur ni dorure, pour concentrer le regard sur l’essentiel ;
une esthétique de l’esquisse qui assume sa fragilité pour mieux mettre en avant la vérité intérieure du sujet.
Le choix du papier – matériau modeste et vulnérable – n’est pas anodin : il répond, selon les mots transmis par le donateur, à l’humilité du sujet et au caractère profondément humain de la Passion. La Crucifixion, thème central dans le travail de Nahas, devient ici non seulement symbole du sacrifice du Christ, mais aussi métaphore de la souffrance, de la résilience et de l’espérance de l’humanité.
Un artiste nourri par la spiritualité chrétienne
Né à Beyrouth en 1963, Jean-Marc Nahas a grandi dans un environnement catholique qui a marqué durablement son imaginaire. Formé à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (ENSBA) et à Penninghen, il a vécu et travaillé entre l’Europe, l’Amérique du Nord et le Moyen-Orient, construisant une carrière résolument internationale.
Depuis plus de trente ans, il a participé à plus de 100 expositions à travers le monde. Au fil de sa carrière, Nahas a souvent exploré des figures sacrées – le Christ, saint Pierre, la Croix – non pas comme simples motifs religieux, mais comme allégories universelles de la foi et de la condition humaine. La spiritualité chrétienne irrigue son travail : elle y apparaît comme une source de méditation, de consolation et de résistance.
Un geste symbolique pour le Liban et l’Église
Par cette donation, Jean-Marc Nahas ne cherche pas seulement à offrir un tableau : il offre un fragment de son histoire personnelle, de sa foi et de son rapport à la souffrance et à la rédemption. Le Vatican, présenté dans la lettre comme « gardien du patrimoine sacré mondial », est pour lui le lieu naturel d’accueil de cette œuvre.
Dans le contexte de la visite du Pape au Liban, ce geste prend une dimension particulière :
Il révèle la vitalité de la création chrétienne au Liban, pays où la foi et l’art se croisent souvent dans un paysage marqué par les épreuves ;
Il inscrit un artiste libanais contemporain dans le grand récit de l’art sacré conservé au Vatican ;
Il offre, enfin, un signe de proximité entre l’Église universelle et les artistes qui, par leur travail, interrogent le mystère de la souffrance, de la foi et de l’espérance.
Pour Jean-Marc Nahas, la Crucifixion n’est pas seulement une scène canonique de la tradition chrétienne : c’est un refuge spirituel, un territoire où se rencontrent vérité émotionnelle, fragilité humaine et grâce. Désormais, cette vision intime et dépouillée de la Passion trouvera sa place parmi les œuvres conservées par l’un des plus importants centres spirituels du monde chrétien.
Un signe fort, venu du Liban, au moment même où le regard de l’Église se tourne vers ce pays blessé mais toujours vivant.
