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Lettre d’outre-mer à un pays qui ne sera jamais d’outre-tombe

02/07/2020|Gisèle Kayata Eid - Montréal

Les mots se noient dans ma gorge. Dans mon cerveau enfumé, plus rien ne tient. Ni critiques, ni commentaires. Même pas des insultes. Dans ma tête, il y a un feu qui me consume et que j’entretiens à l’écoute des infos du Liban. Tel celui qui a une plaie vive dans laquelle il farfouille, je « tritouille » les réseaux sociaux, les capsules-vidéos, les flash-infos à la recherche de je ne sais plus quoi moi-même. Aucun discours ne me désaltère, aucune nouvelle ne me rassasie… Anorexique incurable, j’ai une boulimie d’espoir et pourtant je me retrouve devant un vide qui bouffe toute réflexion.

 

Il n’est plus question de rabâcher comment nous en sommes arrivés là. Chacun trouvera sa bonne raison. Et quels que soient les arguments des uns et des autres, nous sommes tous au même point d’arrivée : indignés, démunis, invalides… De pauvres éclopés. Et encore le « pauvre » est à nuancer. Peut-être préciser : des éclopés sauvagement appauvris. 

Mais peut-être ce qui m’effraie le plus c’est de savoir que les exemples que l’Histoire et la géopolitique nous donnent sont parlants : on peut détruire une nation par une mauvaise gestion, une corruption extrême, une dictature effrontée, une main mise étrangère. On peut condamner un peuple à l’exode irréversible, à l’indigence extrême, à la soumission honteuse. Tous les cas de (dé)figures se sont avérés possibles. Oui, sur notre planète tout peut basculer du jour au lendemain. 

 

Mais une chose est certaine. Les montagnes demeureront, la mer aussi. Les bonnes gens, les coutumes et notre civilisation se perpétueront. Dans ce blanc pays d’où je triture mentalement les douleurs de mon pays, le sort des Indiens me réconcilie avec le désespoir. Il y a plus de quatre cents ans, ils ont été pourchassés, massacrés, bannis de leur terre par les colons blancs et pourtant, les autochtones sont toujours là. Plumes sur la tête et calumet de paix toujours dispos, ils tiennent mordicus à leurs contes, leur spiritualité et leur amour de la nature. 

Aujourd’hui, nous sommes quatre siècles plus tard. Le monde s’est démocratisé. Les réseaux sociaux sont la nouvelle arme des opprimés. Et même la Corée du Nord, ennemie jurée des Etats-Unis, a serré la main de Trump. Tout peut basculer du jour au lendemain. 

 

D’ici là, ils tenteront de tout détruire pour délester le peuple de ses besoins essentiels, le brimer dans sa dignité, disperser ses jeunes, profaner ses vieux… tout ça pour ne pas lâcher une parcelle de pouvoir. Dans leur âpre bataille contre les innocents, ils ont oublié qu’un pays, ce n’est pas seulement un gouvernement, mais un peuple et une terre. Et qui sait, peut-être que cette terre, suprême vengeance, les répudiera en leur refusant d’abriter leur dernière demeure. Savent-ils seulement que tout peut basculer du jour au lendemain ?

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