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Le huis-clos pervers des ‘Bonnes’

Jawad al-Assadi présente sur les planches du Théâtre Babel, depuis le 15 mars, sa mise en scène de la pièce de Jean Genet, ‘Les Bonnes’, avec Carole Abboud et Nada Abou Farhat. La pièce en arabe se poursuit jusqu’au 8 avril.


En 1994, Jawad al-Assadi avait mis en scène la pièce de Jean Genet, ‘Les Bonnes’, avec Renée Deek dans le rôle de Madame, Julia Kassar dans celui de Solange et Randa Asmar dans celui de Claire. Plus de quinze ans après, le metteur en scène irakien présente une nouvelle mise en scène de la pièce. Cette fois, seules les bonnes sont en scène, Solange interprétée par Carole Abboud et Claire par Nada Abou Farhat.

Jeux de rôles
Face à la salle, un décor simple dans sa complexité, dans les multiples niveaux qu’il présente. On entend le sifflement d’un train qui passe. Et nous voilà plongés en plein cœur d’un huis-clos pervers et intimiste. Une grande plateforme en métal industriel trône au milieu de la scène. Le bas et le haut. Le dessus et le dessous. A l’arrière, quelques marches visibles. Et au-delà, les coulisses, le reste de l’appartement de Madame. Son nom est prononcé, sa présence suggérée. C’est tout ce qui compte. La plateforme ne semble être que la chambre de Madame. Le lieu de tous les fantasmes, illusions, rêves, espoirs, désespoirs, colères et frustrations des deux bonnes. Mais aussi le lieu des jeux de rôles auxquels elles se prêtent. Là, sur cette plateforme, Claire se prend pour Madame, traitant Solange comme Madame la traite, à elle. A tour de rôle, elles tentent d’endosser ce rôle, pour se venger de leurs statuts de bonnes, criant leur besoin d’être traitées comme tout être humain. Leur vengeance est d’empoisonner Madame, faire tomber le pouvoir, qui annihile, écrase, déshumanise.

Et force du jeu
Du dessous de cette plateforme, elles ouvrent des espèces de lucarnes, agenouillées à même le sol. Là, Solange et Claire se mettent à rêver, à fantasmer, à jouir d’un souffle de liberté. Liberté illusoire. Liberté qui prend ses racines du fantasme qu’elles se créent, jusqu’au point de non retour.
Jeux de rôles tendus et violents, brutalité du geste, crudité de la parole. Jawad al-Assadi instaure une mise en scène lumineuse pour permettre aux deux comédiennes de se glisser corps et âme dans leurs rôles respectifs. Claire dans sa fragilité, Solange dans sa brutalité.
Les yeux de Carole Abboud fulminent de rage, menaçants. Ses traits semblent aussi inquiétants que dangereux. Un autisme scénique qui vous prend aux tripes, jusqu’à l’inquiétude, jusqu’à l’effroi physique ! Troublée et troublante, Nada Abou Farhat lui donne la réplique, aussi émouvante que la bipolarité exquise de son rôle l’implore.

Solange et Claire, Carole Abboud et Nada Abou Farhat, passent sans transition de la soumission à la rage, contre la présence fantasmée et fantomatique de Madame, l’une contre l’autre, contre le monde, contre l’illusion qu’elles incarnent, dans l’illusion où elles fondent leurs corps. Pour boire la coupe de la vengeance jusqu’à la lie.

Nayla Rached


.: Les représentations de la pièce ‘Les Bonnes’ se poursuivent au Théâtre Babel, du mercredi au dimanche, à 20h30, et ce jusqu’au 8 avril.

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