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Le barrage de Janné, vu par le Ministère de l’Energie et de l’Eau

Le projet du barrage de Janné date des années 50, période pendant laquelle une équipe d’experts américain avait répertorié les sites potentiels pour le stockage de l’eau, dont Qaraoun, Besserve et Janné. Jusqu’aux années 70, l’Etat a travaillé sur le barrage de Qaraoun et deux lacs, au Metn et à Akkar, puis les projets ont été suspendus pendant une trentaine d’années. Le barrage de Janné a été repris récemment, au cours d’un plan décennal mis à jour et développé par l’ancien Ministre Bassil Gibran.
Aujourd’hui, sa construction fait polémique au Liban.


En 2000, le plan décennal pour le stockage des eaux de surface est approuvé au Conseil des Ministres libanais. Comme les plans originaux dataient des années 50, des enquêtes géo-techniques ont été menées, montrant que l’emplacement choisi n’était pas faisable, conduisant les équipes de recherche à dépasser la plaine de Janné, vers l’amont. “Nous avons travaillé avec un ingénieur conseil français d’Arteria et le bureau d’urbanisme libanais Khatib et Alami sur deux ou trois sites”, raconte Ziad Zakhour, ingénieur civil au Ministère de l’Energie et de l’Eau. “Le Liban n’a pas toutes les les compétences pour l’étude et la supervision de tels projets. Le Ministère en est conscient donc il a demandé à chaque bureau libanais de s’appuyer sur une expertise internationale sur un emplacement le long de la rivière Nahr Ibrahim.” L’étude de faisabilité et d’impact a donc été menée de cette façon de 2004 à 2010 en collaboration avec l’Etablissement des eaux de Beyrouth et du Mont Liban, pour leur compétence financière. “Suite à une décision du Conseil des Ministres en 2009, une étude ministérielle a été menée, requérant un ingénieur conseil pour des études supplémentaires. A la fin de celles-ci, une validation technique a été demandée par des bureaux officiels libanais de validation, et donc nous avons fait appel à des experts, géologues, et barragistes étrangers et indépendants.”

“Chaque année, 240-250 millions de m³ traversent Nahr Ibrahim : on va stocker 38 millions en statique, et en dynamique on va avoir l’opportunité d’utiliser environ 95-100 millions pour l’eau potable et les stations hydroélectriques pour l’électricité, et il va rester environ 140 qui vont traverser le barrage pour aller vers la mer”, détaille l’ingénieur. “Ca va alimenter toute la région de Beyrouth, 65 millions à Beyrouth et 30 millions à Jbeil et ses alentours. La nouvelle station hydroélectrique va nous permettre de produire 100MW, et en cas d’amélioration des trois autres 45, donc on peut espérer 145 MW alors que le caza de Jbeil a besoin de seulement 29.” Le projet, aujourd’hui, a bien avancé : la première phase, préparatoire (élévations provisoires, tunnels, routes d’accès) est à moitié terminée, et la deuxième phase (mobilisation et préparation) entamée. Les travaux devraient durer quatre ans, suite à quoi le gouvernement s’occupera de la question des travaux en aval pour aller jusqu’à Dbayeh, où il existe déjà une station de traitement prête à être utilisée (2m³/seconde). “Nous souhaitons développer un plan plus général pour toucher plus de deux millions de foyers, pour un coût total d’un milliard de dollars. Nos idées sont flexibles car nous devons nous adapter aux réalités de chaque terrain.”

Réponse du Ministère aux polémiques
De nombreuses organisations environnementales ont exprimé leur désaccord avec la mise en place du barrage de Janné cette année. Ziad Zakhour a tenu à répondre point par point aux reproches exprimés par celles-ci.

Concernant les sources de Jeita : “De nombreuses personnes souhaitent protéger la source de Jeita, pensant que le projet l’assècherait. L’institut de recherche allemand BGR a même conclu que l’un des bassins de Nahr Ibrahim était aussi une source bassin de Jeita mais ce n’est pas le cas ! Le BGR nous a demandé de réaliser un test de couleur dans la rivière, qui a montré parmi d’autres enquêtes que la source de Jeita n’y est pas liée. Nous avons récupéré le colorant en amont du barrage.”

Concernant le Ministère de l’environnement : “Le projet ne va pas s’arrêter car beaucoup d’argent est en jeu. Les gens qui demandent son arrêt ne s’appuient pas sur un fond légal, de plus il n’existe ni d’autorité légale entre ministères, ni de possibilité d’interférence. Cela dit, le travail entre ceux-ci est complémentaire et incontournable. Nous travaillons tous pour le Liban ! Avec le Ministère de l’environnement, nous avons débuté une coordination qui nous a permis de revoir certaines études du rapport grâce aux commentaires rapportés, et nous essayons de dessiner ensemble le cheminement des travaux selon le résultat de ces recommandations croisées.”

Concernant l’étude d’impact socio-environnementale : “Elle a été effectuée en 2008, faisant partie d’une autre des études du barrage, lancées ensemble en 2004. Khatib et Alami avec Arteria s’en sont chargés.”

Concernant la faisabilité technique : “Les opposants disent qu’on va sécher l’aval du barrage, ce qui n’est pas le cas. Nous améliorons les stations hydroélectriques à l’aval du barrage, et il y en a une à construire sur Nahr Ibrahim, donc nous maintiendrons un débit minimum de 2m³/seconde lésé à l’aval du barrage. C’est meilleur que maintenant, car en été le débit descend jusqu’à 100L/seconde, alors que nous allons mettre en place un débit continu, avec aucun risque d’assèchement, un écoulement meilleur et continu, ce qui est favorable à la sauvegarde de l’écosystème. Une autre critique concerne l’existence de failles sous l’emplacement du barrage, mais il y a toujours des failles ! Ce sont aux experts techniques de régler ce problème, et avec l’ingénierie tout est possible. Sur la perméabilité des sols, les études des grands puits a montré que c’est une zone de résurgence. Du côté de Jeita, la pluviométrie est de 50m au-dessus de la rivière, l’eau descend vers le Wadi de Janné (Nahr Ibrahim), le plus profond dans la région, donc l’eau ne se perd pas. Dans n’importe quel projet de barrage, il y a des fuites, ici seulement des fuites acceptables, et tout a une solution. Pour le reste, il faut traiter les failles. C’est dommage pour les sites touristiques existants, mais il faut choisir entre le pire et le moins pire : on a besoin de l’eau.”

“Aucun de ces opposants n’a demandé de clarifications officielles”, ajoute Ziad Zakhour. “Il y a des experts internationaux très qualifiés capables de parler de toutes ces questions, la porte est ouverte car nous sommes tous concernés.”

Propos recueillis par Florence Massena

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