Mirna Boustani, fondatrice et présidente du Festival al-Bustan



L’Agenda Culturel va à la rencontre de personnalités du monde culturel dont certains travaillent loin des projecteurs. Nous souhaitons rendre hommage à ces femmes et à ces hommes en témoignage de reconnaissance pour leur engagement dans la vie culturelle libanaise et pour leur contribution continue à son développement.
“Je n’aime pas le mot culture, vous savez, je ne l’aime pas du tout”. Culture, un mot qui dérange Mirna Boustani, comme elle le lance au détour de la conversation. Les yeux scrutant la pensée, elle se demande ce que “veut dire la culture. Un mot fourre-tout. Il faudrait trouver un autre mot… la peinture, la musique, la poésie, la sculpture… je préfère cela à un mot qui soi-disant englobe tout”.

La musique alors, parlons de musique, parlons du Festival al-Bustan qui existe depuis plus d’une vingtaine d’années, contre vents et marées, à l’insistance et la détermination de sa fondatrice essentiellement. La réalisation d’une vie ? “Je ne prends pas les choses de cette manière, avec cette ampleur. La grandiloquence, je ne l’aime pas”. En vérité, le festival fait tout simplement partie de sa vie, la réalisation elle serait ailleurs ; elle serait l’hôtel al-Bustan tout simplement, le festival n’étant qu’une pierre dans un édifice.

Rencontrer Mirna Boustani c’est plonger dans son regard embué d’images et de résistance, de beauté et de luttes. Et le combat devient encore plus ardu avec le temps, avec la crise, avec les crises par lesquelles on passe, que traverse le monde, crise économique et crise humaine.

S’arrêter ? jamais
Mécénat, sponsors, partenaires, problèmes de financement… “Nous avons l’aide de certaines institutions, des banques, des compagnies d’assurances, affirme Mirna Boustani, mais cela ne suffit pas. Dans l’art c’est comme ça, plus on met, plus on a besoin de mettre”. Le festival et l’hôtel accusent des pertes, elle ne le cache nullement, mais les efforts s’intensifient, et ses réponses laconiques, nimbées de sourire et de rire, en disent long : “Nous faisons le trottoir, vous ne saviez pas?”, “Vous trouvez vous beaucoup de mécènes?”, “On mendie, c’est ce qu’on fait”.
Mais baisser les bras, jamais. “Je ne peux pas, on ne peut pas lâcher ceux qui comptent sur le festival. Il est impensable que je m’arrête après tout ce chemin, pour que ça ait valu la peine. Ce serait une défaite, et je n’aime pas les défaites. Rien ne m’arrête, je connais déjà les thèmes des années à venir”. Un festival de résistance en bonne et due forme, un engagement à vie, en faveur de l’homme, de la dignité de l’homme, de l’humain. Parce qu’au-delà des soucis financiers, il y a la déchéance du monde, et c’est là que la culture, plus justement l’art, sous toutes ses formes, sert encore, il sert “à ce qu’on vive”, face à l’impuissance qu’on ressent tous. “Je ne sais pas quoi faire ; des enfants brûlés, jetés pas des fenêtres, et cette impuissance… comment va faire le monde ?… On a beaucoup d’artistes qui demandent à jouer de la musique auprès des enfants palestiniens, des enfants syriens, et ils sont contents, ils se sentent délivrés de quelque chose”.

Porter le message de la musique
“La musique doit toujours exister. Toujours”. Ce credo est à la fois le point de départ et le but même du Festival al-Bustan. “On m’a enseigné la musique, je jouais du piano… je ne peux pas concevoir qu’un jeune ne fasse pas de la musique. J’essaie de rendre un peu de ce que j’ai moi-même reçu”. Et de penser à ces élèves du Conservatoire, de plus en plus nombreux chaque année, et de l’importance de leur accorder une place, de leur accorder l’importance qu’ils méritent. D’ailleurs, elle tient à rappeler que le Conservatoire organise des concerts gratuits chaque vendredi, des concerts auxquels elle tient le plus souvent à assister. “C’est quand même quelque chose… Les pays arabes, eux, ont des opéras”, poursuit-elle, une idée entraînant l’autre. “Ils nous ont dépassés, il faut qu’on s’active”.

Les pays arabes justement, cette course contre la culture représenterait-elle un danger pour nous ? “Au contraire, dit-elle, heureusement qu’ils s’intéressent à la musique. Il faut les encourager. Certes, ils peuvent couvrir les coûts, quand même, ils nous ont dépassés”. Et de poursuivre: “C’est bien d’être entourés de gens qui aiment la musique, parce qu’avant ils se moquaient de nous”. Lire alors l’influence positive du Liban, oui, puisque “nous portons le message de la musique”.

Un message en constante ouverture, en constante évolution, les sensations d’émerveillement et de ravissement toujours en branle, à chaque nouvelle découverte. A chaque nouveau partage, le public du Festival toujours fidèle, de plus en plus jeune ; Mirna Boustani en est ravie. “Les efforts continus ne nous fatiguent pas, ne nous dérangent pas. Ce dont on doit se prémunir, c’est le snobisme. Avant les gens venaient avec de jolies robes… je ne suis pas contre, pourquoi pas, on respecte la musique. Mais maintenant, cette attitude est beaucoup moins présente, les jeunes sont de plus en plus nombreux… Je sens que c’est le festival des gens, il leur appartient. Je n’ai pas de doute là-dessus”.

Propos recueillis par N.R.

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