Abbout productions : entre désirs et réalités du cinéma

Quand on pense cinéma, à mi-chemin entre le titre et les noms des acteurs, c’est le nom du réalisateur qui fait figure de proue.
C’est pourtant sans oublier le rôle primordial et incontournable du producteur qui rappelle la question en ritournelle du financement du film.
Rencontre avec Georges Shoucair, associé d’Abbout productions, la maison de production du premier long métrage de Georges Hachem, 'Stray Bullet' (Balle perdue) qui vient de remporter le prix Muhr du meilleur long métrage au Festival international du film de Dubaï.


Quid au Liban ?
Selon Georges Shoucair, associé d’Abbout productions depuis cinq ans : "Il n’y a pas vraiment de producteurs au Liban. C’est l’ami d’un ami qui produit le film car il a des moyens. Ce passe-passe évite de poser la question des institutions".
En effet, si les réalisateurs libanais manquent de moyens, ils souffrent d’un désavantage qui n’est pas des moindres : une absence de soutien de l’état. "Ce n’est pas le talent ou la créativité libanaise qui font défaut, le grand problème est l'absence de subventions. En outre, on ne bénéficie pas d’un centre national du cinéma comme en France".
Toutefois, certains circuits, à l’instar des festivals, semblent offrir des opportunités : "Depuis deux ans, les festivals de films d’Abu Dhabi, de Dubaï ou de Doha ont permis à des investisseurs de se structurer avec des fonds privés qui pallient en partie la carence étatique", tempère le producteur.
Petit bémol néanmoins à cette lueur d’espoir, lorsqu’il s’agit de reconnaître la nécessité des coproductions avec les pays européens : "Les financements des pays du Golfe ne suffisent pas, car le problème n’est pas uniquement financier. Pour financer un film qu’on veut présenter à la francophonie et pour avoir accès à un distributeur européen, on a besoin techniquement d’avoir une coproduction européenne".
Ainsi on ne s’étonnera pas que 'La maison rose', la première production de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, artistes cinéastes et co-fondateurs d’Abbout productions, ait été à la fois française, canadienne et libanaise. De même, leur long métrage 'A Perfect Day', qui a connu un succès international est une coproduction allemande, française et libanaise.

Abbout productions insiste sur les différentes facettes de la réalisation. La société n’hésite pas, par exemple, à remanier le scénario. "A cause des structures financières, les gens ne se concentrent que sur la fabrication du film ; l’aide à l’écriture et au scénario n’existe pas. Abbout productions finance le scénario. A chaque réception d’écrit, je peux demander des modifications. Pour moi, le producteur et le réalisateur forment un couple. Il y a un rapport de force et en même temps de connivence. Mais le rapport de force ne justifie pas la bonne suite des événements car, à la base, s’ils se sont choisis, ce n’est pas par hasard, c’est qu’ils l’ont voulu".
"La peau humaine des choses, le derme de la réalité, voilà avec quoi le cinéma joue d’abord". Cette phrase citée par Antonin Artaud dans le film 'La coquille et le clergyman' colle bien aux aspirations d’Abbout productions dont les thèmes tournent essentiellement autour du Liban.

Les sorties et les projets en cours
Depuis sa création en 1998, la maison de production a multiplié les aventures dans les domaines du documentaire et du long métrage tournant essentiellement autour du Liban et du rapport au pays comme dans 'La montagne' de Ghassan Salhab, sélectionné au Doha Tribeca Film Festival fin octobre et qui met en scène l’histoire de Fadi, la quarantaine, supposé partir en voyage à l’étranger mais décidant au dernier moment de se rendre dans les montagnes du Liban.

Dans un autre registre, 'Stray Bullet' (Balle perdue), de Georges Hachem, raconte l’histoire de Nora qui, à deux doigts de se marier, change d’avis au grand dam de ses parents. Ce film a remporté le prix Muhr du meilleur long métrage au Festival international du film de Dubaï (DIFF), qui a été clôturé le 19 décembre.

Quant à 'Yanoosak', le film d'Elie Khalifeh et Alexandre Monnier, sorti récemment sur les écrans libanais, on ne peut s’empêcher de sourire à l’idée du réalisateur qui est de relater les déboires d’un Suisse qui débarque au Liban pour monter une petite affaire et qui se trouve confronté à de nouveaux codes….

Le Liban revient encore dans les projets en cours. Ainsi, 'Trampoline', attendu pour la fin du printemps, raconte la crise de la soixantaine de deux villageois libanais qui décident de braquer un fourgon blindé. Sont aussi prévus les documentaires 'Lebanese Rocket Society' de Khalil Joreige et Joanna Hadjithomas, qui racontent le périple d’un groupe d’étudiants du collège Haigazian ayant participé au lancement de fusées depuis le territoire libanais, et 'Sector 0' de Nadim Mishlawi.

Maya Sourati

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