Les objets de parcours de Rafic Ali Ahmad
Le 06/12/10
L'Agenda Culturel vous propose un retour sur les trois objets de parcours d'un artiste au profil singulier.
La Lanterne No. 4
"La lumière est précieuse… tu ne m'en avais pas parlé"
Après 17 ans d'occupation par l'armée israélienne, Rafic Ali Ahmad retourne en 2000 dans son petit village du Sud et y emmène son fils. A la découverte de son enfance, le comédien se dirige vers sa forteresse: le château aux pigeons et son rocher. Accrochée au-dessus du Litani,
cette masse rocheuse lui a longtemps servi de siège, lit et bureau d'études au cours de ses premières années d'adolescence.
Son fils remarque: "Tout est comme tu me l'as décrit mais la lumière… la lumière est précieuse… tu ne m'en avais pas parlé". Sur ce, Ali Ahmad hésite, s'arrête et poursuit: "Un objet?... La lumière de la Lanterne No. 4. Source de ma lumière de lecture et animatrice de nos soirées, créatrice d'ombres, de rêves et de formes". A travers la lanterne en porcelaine blanche placée sur la plus haute étagère de sa cuisine aujourd'hui, Ali Ahmad décrit la période qui précédait ses 14 ans. Il revoit les regroupements des voisines conteuses d'histoires d'animaux, d'horreurs et de démons. A ces soirées, Ali Ahmad doit son imagination riche et sa mémoire vaste. Après 17 ans de guerre, la Lanterne No. 4 était bel et bien en place… comme si, ni le temps ni la guerre, ne firent face à sa lumière. "La lanterne en main, je retourne à Beyrouth. Et quand, parfois, je prends mon café matinal seul dans la cuisine, elle me recrée l'ombre de mon passé qui cherche souvent à me tenir compagnie".
Ma couverture
"J'aime être seul et entouré en même temps"
"Etudie fils! C'est tout ce que tu emporteras avec toi après l'invasion. L'éducation est le seul héritage que je puisse t’offrir!". C'est la voix de son père que Rafic Ali Ahmad reprend dans ses pièces. L'invasion ne tarda pas. "Je ne sais pas pourquoi, mais dans l'état de panique, en quittant le village, mes doigts n'agrippèrent que ma couette". A la recherche d'un coin de sécurité, il dormait chez son ami à Beyrouth couvert de ce tissu qui porte les images de son enfance et l'odeur de sa famille. "C’était tout ce dont j'avais besoin... Je l'ai toujours cette couette…Ma femme essaie de la remplacer par une nouvelle mais en vain. Elle porte en elle la chaleur de mon village et les histoires de nos soirées".
Les néons de Beyrouth
"La porte s'ouvre pour que je me dirige vers la lumière"
Go Roro Go! Sur une illustration d'un rodéo découpée dans un vieux magazine, ce slogan décorait la chambre du village. "Je l'avais accrochée au-dessus de mon lit. Elle m'interpellait chaque matin. Elle me poussait vers une porte ouverte, vers une large dose d'opportunités. Dans cette image, tout est possible". Pilote ou acteur? Comme tout enfant, Ali Ahmad est à la recherche des étoiles. "Mon nom s'inscrira un jour sur les néons des théâtres beyrouthins, c'était mon rêve!". Arrivé à Beyrouth, il étudie pour devenir enseignant. C'est là que la chance le place sur les planches du théâtre universitaire. Première fois sur scène, premier prix, c'est le début d'une étonnante carrière.
:: Paru dans le numéro 331 de l'Agenda Culturel, du 1 octobre au 14 octobre 2008.