Les objets de parcours de Joumana Haddad
Le 04/11/10
A l’occasion de la parution de son dernier ouvrage intitulé ‘J’ai tué Shéhérazade : confessions d’une femme arabe en colère’ (Editions Actes Sud Sindbad) que Joumana Haddad* a signé dernièrement dans le cadre du Salon du livre francophone de Beyrouth, l’Agenda Culturel vous propose un retour sur les trois objets de parcours de l’écrivaine, présentés dans l’édition papier du 3 septembre 2008.
Poétesse, journaliste, traductrice et enseignante, Joumana Haddad se consacre à sa liberté. A travers les trois objets qu’elle choisit, elle nous présente trois outils, trois amis ou trois corps qui l’ont accompagnée dans sa quête de soi.
Le livre
"Les mots sont moi… Je suis un texte en formation perpétuelle."
"Le livre est un objet vivant qui m’a formée. Enfant, je préférais sa compagnie à celle d’autres être vivants" affirme Joumana Haddad de son bureau dans les locaux du quotidien ‘An-Nahar’ où elle travaille comme journaliste littéraire et traductrice. Née en 1970 à Beyrouth, Haddad écrit à l’âge de 9 ans son premier conte pour enfant et très tôt, fouille dans les hautes étagères de la bibliothèque de son père à la recherche des œuvres interdites et des poèmes surréalistes. "A 12 ans j’ai lu ‘La métamorphose’ de Kafka, ‘Justine’ de Sade, et ‘Liberté’ de Paul Eluard : voilà mes références…" De cette période date son premier poème intitulé ‘Ma Liberté’, une notion que Haddad définit aujourd’hui comme "un point de départ et non un but… Je lutte souvent contre moi, pour ma liberté intérieure qui m’est la plus dure à gérer... Je n’écrirais pas un mot sans être libre."
L’ordinateur
"Le passage du crayon au clavier : voilà une infidélité dont je suis fière."
Dans son bureau, de derrière l’écran de son ordinateur, Haddad laisse glisser ses doigts sur son clavier, sourit et me regarde : "L’écriture c’est le toucher. Elle est pour moi un défi, elle me frustre. Alors souvent je me force pour me poster devant mon écran. Je ne crois pas à l’inspiration mais au rapport sensuel et tactile avec mon clavier, mon entourage. La vie est ma muse." Sensualité féroce, frottement et égratignures résument le souffle de Joumana Haddad ainsi que son rapport avec son instrument d’écriture. Cependant, attention: "l’exagération de caresse est un crime. On doit combattre notre auto indulgence". Plus de dix-sept heures quotidiennes relient Haddad à son ordinateur, entre le travail, la correspondance, et ses passions culturelles (texte, musique, film). Sur ce, elle affirme: "Je tiens avec mon ordinateur vivant (doté d’une âme qui est l’Internet) un rapport très intime. Il porte en lui très souvent des surprises, des rencontres… enfin beaucoup de cadeaux."
L’avion
"J’ai besoin d’être stupéfaite, éblouie et étonnée… ma plus grande peur est d’être blasée."
Plus qu’une heure de temps, et le téléphone ne laisse pas de répit. Joumana Haddad quitte ce soir Beyrouth pour un voyage de quelques jours, une habitude qu’elle a prise au cours de sa carrière. Polyglotte, elle parle sept langues et en traduit plusieurs. Toujours fidèle à sa liberté, la poétesse décrit : "L’avion c’est de la littérature, c’est une rencontre avec l’autre qui souvent porte une surprise, un cadeau… J’ai très rarement été déçue d’un voyage." Et dans une constante remise en question des valeurs qui l’entourent, elle cherche à aller au-delà des limites. Dans son ouvrage ‘La mort viendra et elle aura tes yeux’ Haddad présente une anthologie de 150 poètes suicidés et affirme : "La mort est voyage. J’aime les gens qui ressemblent à ce qu’ils font."
Rasha Hoteit
(*) Joumana Haddad est responsable des pages culturelles du quotidien libanais ‘An-Nahar’ et rédactrice en chef de ‘Jasad’, revue en langue arabe spécialisée dans la littérature et les arts du corps.
Bibliographie
- ‘Invitation à un dîner secret’, Editions Dar An-Nahar, 1998
- ‘Deux mains vouées à l’abîme’, Editions An-Nahar, 2000
- ‘Je n’ai pas assez péché, Editions Kaf Noun’, 2003
- La Panthère cachée à la naissance des épaules’, Editions Al Ikhtilaf, 2006
- ‘Le Retour de Lilith’, Editions de l’Inventaire, 2007
- ‘Miroirs des passantes dans les songes’, Editions Dar An-Nahar, 2008
- ‘J’ai tué Shéhérazade : confessions d’une femme arabe en colère’, Editions Actes Sud Sindbad, 2010