 |
 |
Sophie Skaf : entre Beyrouth, Paris, Tunis et Barcelone, les trésors des carreaux décoratifs
Le 10/05/11
20 cm x 20 cm, c’est l’échelle des carreaux de ciment décorés auxquels l’architecte et designer Sophie Skaf vient de consacrer un livre : '20x20. Beyrouth. Paris. Tunis. Barcelone', imprimé par 53 Dots à Beyrouth. Dans cet ouvrage, Skaf fait le récit du voyage qu’elle a entrepris à la recherche de ces trésors de l’artisanat des années 1910 à 1940. Cette publication s’est vu décerner le prix de l’édition 2011 du prestigieux Dubai International Print Award. Rencontre.
Comment est né ce projet ? J’ai commencé un travail de repérage et d’inventaire des différents motifs et tracés de carreaux de ciment décoré avec mon équipe d’architectes à Beyrouth, il y a quelques années. Nous avons arpenté les rues et les entrées des maisons, puis nous avons fini par sonner chez les particuliers où nous avons trouvé de vrais trésors. Au final, plus de 300 motifs de carreaux différents ont été répertoriés. C’est alors que j’ai décidé d’élargir la géographie de ma recherche en voyageant tout autour de la Méditerranée, mais aussi à Paris et à Londres.
Quelle est l’histoire des carreaux de ciments décorés que l’on trouve dans les maisons de Beyrouth ? Ces carreaux ont voyagé depuis Marseille jusqu’à Beyrouth dans les années 1880. C’est donc une invention française. Les moules dans lesquels est versé le béton pigmenté étaient, eux, fabriqués en Italie. Le Liban s’est approprié la technique de fabrication des carreaux et y a apporté une touche orientale. Encore aujourd’hui, les carreaux sont fabriqués un à un. Il n’existe plus qu’un seul artisan spécialisé dans cette technique au Liban, Blatt Chaya. Je pense aussi à l’entreprise Derwiche Haddad qui fut à l’origine de l’initiative à Beyrouth.
Justement, quelle est la particularité des carreaux de l’époque que l’on trouve à Beyrouth ? Ils sont souvent dans des teintes ocre - alors qu’ils sont souvent bleus à Tunis, roses à Barcelone et gris à Paris. On retrouve un motif très particulier, celui du 'cube en 3 D', à Beyrouth tout comme à Paris. A Beyrouth, on peut apercevoir la transition des styles de décoration sur les carreaux, du style art nouveau au style art déco par exemple.
Au cours de vos voyages, quelle découverte vous a le plus marquée ? A Barcelone, je m’arrête aux carreaux de ciment créés par Gaudi et qui pavent encore aujourd’hui tout le Passeo de Gracia, l’artère principale de la ville. Gaudi avait créé un motif très original : ses 'carreaux' sont de forme hexagonale ; il n’a pas utilisé de moule diviseur de couleurs, mais un moule sculpté dans la masse pour créer du relief - il travaille l’ombre et la lumière - ses motifs sont figuratifs, son pigment est unique de couleur vert pomme ! Gaudi fut le précurseur du carreau de béton dit urbain.
Comment se présente votre livre ? Je suis l’éditrice et l’auteure de cet ouvrage. J’ai tenu à ce que ce livre soit à la fois un bel objet en lui-même et un outil de travail qui apporte quelque chose à divers domaines de création - l’art décoratif, l’architecture, le design, l’artisanat... On y trouve notamment un inventaire des différents styles de motifs de carreaux - cinétique, mauresque, byzantin, floral et autres - illustré par des photos prises parfois dans des lieux insolites, au grès de mes découvertes.
Propos recueillis par Florence Thireau
Signature : Sophie Skaf signera son livre '20x20. Beyrouth.Paris.Tunis.Barcelone' à la Villa Audi, le jeudi 12 mai, de 18h00 à 20h00, puis à la librairie Arcurial, à Paris le 26 mai. Photos : Roger Moukarzel (Beyrouth), Marianne Catzaras (Tunis), Géraldine Bruneel (Paris et Barcelone), Dina Debbas (portrait Sophie Skaf)
|
 |
|