‘Plays from the Arab World’ : Quand le drame prend son temps
Le 04/04/11
Début 2007, le Royal Court Theatre de Londres et le British Council initiaient un projet d’envergure internationale impliquant 21 jeunes auteurs du Proche-Orient et du Maghreb. Après plusieurs ateliers de travail, dirigés par des dramaturges professionnels, et quelques lectures en public, cinq des pièces terminées ont été publiées dans le recueil ‘Plays from the Arab World’. L’une d’elles ‘The House’, est le fruit du travail de la Libanaise Arzé Khodr.
L’écriture épique
Jamais projet d’une telle ampleur n’avait été mené dans la région par le British Council et le Royal Court Theatre. C’est sans doute ce qui a donné à l’ensemble la forme d’une véritable épopée, dont le résultat reflète l’engagement et le souffle. Ouvert à tous les auteurs de moins de 35 ans, le projet a retenu des candidatures venues de huit pays du monde arabe. Ensuite, les heureux dramaturges retenus se sont retrouvés à Damas pour un premier atelier et là, dans une vieille demeure de la vieille ville, les structures se sont mises en place et le travail a débuté.
C’est de là aussi que l’idée de ‘The House’ est venue à Arzé Khodr, de cette maison ancienne, semblable par certains aspects à celles qui disparaissent de Beyrouth peu à peu. Développant son idée avec méthode, l’auteure, dont c’était la première pièce, mesure tout l’intérêt de l’atelier, "travailler de cette façon permet d’adopter un autre point de vue sur le texte et de réaliser franchement qu’écrire n’est pas qu’une question d’inspiration, mais de travail aussi". Sous la houlette d’April de Angelis, David Greig et Elyse Dodgson, les jeunes auteurs apprennent à sans cesse remettre leur travail en cause, avec rigueur. L’apprentissage se poursuit à long terme, avec un deuxième atelier organisé quelques mois plus tard à Tunis, puis, début 2008, au Caire. "Tous ces professionnels nous ont encadrés avec une grande disponibilité et beaucoup de générosité, en nous poussant à réfléchir vraiment", se réjouit Arzé Khodr.
La parole voyage
Au Caire, les pièces sont presque achevées et présentées au public égyptien, puis de là se fait la sélection finale de celles qui seront lues à Londres fin 2008, un choix difficile. "Cinq pièces ont été publiées, mais ça ne signifie pas du tout que les autres n’auraient pas mérité de figurer dans le recueil, assure Arzé Khodr, je crois que le choix s’est fait aussi en fonction du public, différent selon les pays, et de ses goûts". D’ailleurs les autres devraient être publiées prochainement dans un nouveau recueil. Les élus, eux, ont eu le privilège d’entendre leurs pièces lues sur scène et en public, à Londres et à New York, "la salle était pleine chaque soir et l’expérience a été étonnante me concernant, il arrivait que le public rie à des endroits où je n’avais mis aucune ironie…"
Et c’est vrai, l’humour n’est pas évident, dans cette affaire de famille oppressante et habilement nouée autour d’une maison héritée dont il faut décider l’avenir. La réussite du drame, quatrième et dernière version obtenue au fur et à mesure de ces mois de travail, est tout en réalisme, sans excès de geste, Arzé Khodr explique, "je n’ai pas cherché à dire quelque chose, mais à laisser parler des personnages, autour d’un problème aux enjeux simples". C’est simple et universel, efficace, d’un langage ciselé dans la sobriété.
Thomas Chikh
‘Plays from the Arab World’, Nick Hern Books, 2010, avec des pièces de Mohammad Al Attar (Syrie), ‘Withdrawal’ ; Imad Farajin (Palestine), ‘603’ ; Kamal Khalladi (Maroc), ‘Damage’ ; Arzé Khodr (Liban), ‘The House’ ; Laila Soliman (Egypte) , ‘Egyptian Products.