Objets de parcours : Joe Kesrouani
Le 04/01/11
Architecte de formation, peintre et photographe autodidacte et DJ en son temps libre, Joe Kesrouani accumule l'espace, la ligne, la couleur et le rythme dans une œuvre dynamique mariant l'expression et le surréel. De son monde, l'artiste choisit de partager avec nous trois objets de son parcours.
La serrure
''J'aime bien regarder la femme sans être vu par elle, c'est à travers la serrure qu'elle se dévoile à moi''
Dans son atelier situé dans un vieil immeuble de Beyrouth, Joe Kesrouani, né en 1968, jette un coup d'œil sur son enfance et sourit au petit enfant qu'il avoue n'avoir jamais perdu. ''Je me vois blotti dans le noir, les yeux accrochés à une serrure, et ce frisson qui me parcours! La femme est ma source d'inspiration... elle a un pouvoir qu'elle ignore et c'est ce qui fait son charme''. A quatorze ans, son oncle lui offre son premier appareil photo. La serrure évolue ainsi en objectif sans que l'enfant perde de son voyeurisme. Les femmes, la guerre... ''La photo est un jeu, c'est mon histoire, mon entourage, le monde où j'évolue. Avec l'âge, on apprend à guetter les serrures sans être vu. La photo, l'instant ou l'immédiat est un exercice de vues.''
Mon sac
''J'aime traîner mes affaires avec moi là où je vais…''
A l'âge de vingt ans, Joe Kesrouani quitte un Liban en guerre et poursuit des études d’architecture à Paris. ''Je ne m'attachais pas au choses. Arrivé à Paris, j'ai échangé mon premier appareil pour un nouveau. Je cherchais peut-être à me détacher des émotions de la guerre et tourner la page''. C'est à l'école d'architecture de Paris que Kesrouani expose, en 1994, pour la première fois ses photos. De retour au Liban, les habitudes de la vie parisienne ne le lâchent pas; il ne sort jamais sans son sac: ''Je porte toujours avec moi quelque chose pour m'amuser!'' Dans le sac: livre, téléphone, musique, cahier de croquis, crayons, et parfois un appareil photo, enfin tout pour recréer son atelier. ''Enfant, j'ai changé beaucoup de maisons'', affirme Kesrouani qui, dans l'espace restreint d'un sac, entraîne avec lui ses ingrédients du bonheur.
Le masque
''Moins on voit la personne plus elle se montre. Les masques tombent plus facilement dans l'ombre.''
Dans une visite à l'atelier de Joe Kesrouani on ne peut que remarquer une série de masques. Il s'arrête devant une petite sculpture en bois peint se détachant à peine de la porte. "C’est mon premier masque. Il date de 1982 et m'accompagne dans toutes mes demeures". Sur ce, Kesrouani, enfant, voyeur et artiste, dévoile rarement baisser son masque dans une société régie par les apparences. ''Il faut être diplomate, on préfère souvent taire nos envies et nos pensées. Ceci explique mon amour pour la peinture, contrairement à la photographie, elle me découvre". C'est un espace d'honnêteté qui joue le rôle de critique de tout ce qui se déroule dans l'entourage de l'artiste. Son travail en tant que DJ lui révèle cependant une lueur de vérité, ''les gens sont plus réels dans la nuit'' affirme-t-il. C'est ainsi que Kesrouani accepte en 2000 la proposition du propriétaire du Zinc et loin de la lumière des galeries, il démasque sa peinture pour la première fois dans ce pub.
Rasha Hoteit
:. Paru dans le numéro 328 de l'Agenda Culturel, du 23 juillet au 2 septembre 2008.