C’est sur la scène qu’il aurait dû mourir. C’est sur la scène, lors de son dernier concert à Paris, que le film aurait dû s’achever. Sur la voix tonnante de Camarõn, aux accents tourmentés.
D’autant plus tourmentés qu’il se savait, que nous, spectateurs, le savions condamné : Camarõn de la Isla, le maître du canto flamenco.
Projeté dans le cadre du cycle ’Entre la musique et les images’ organisé par l’Institut Cervantès, ’Camarõn’ de Jaime Chavarri insuffle l’envie, le désir presque incontrôlable de replonger dans le répertoire de Camarõn. Celui qui vous fait immanquablement aimer le genre.
Le Flamenco ne peut en aucun cas se décrire, tellement les sensations qu’il engendre sont complexes et euphorisantes. Le Flamenco, par la voix poignante de Camarõn, semble contenir à lui seul toutes les juxtapositions poétiques de l’inconcevable, à l’image de ’’la rencontre fortuite sur une table de dissection entre une machine à coudre et un parapluie’’. Labellisation. Intellectualisation.
Fuite dans les mots… Oui, c’est peut-être tout cela à la fois. C’est peut-être la tentative de récupérer la sensation qui vous submerge d’un coup, cette impalpable sensation de rencontre des contraires, cette tension qui vous déchire le corps et l’esprit, qui vous arrache sourires et larmes.
L’instant.
Nayla Rached
.: Paru dans le numéro 412 de l'Agenda Culturel (le 8 février 2012)