Hess : comme un parfum de jasmin à Dabateatr
Le 13/02/12
Fraîchement formé, le groupe tunisien de musique alternative 7s (Hess) est en résidence artistique à la compagnie Dabateatr* au Maroc, dans le cadre du programme ‘Tawa Tounes’ qui rend hommage à la révolution en Tunisie. Installés à Rabat du 27 janvier au 11 février, les deux chanteurs du groupe, Lobna Noomene et Mahdi Chakroun, parlent de leur expérience.
Comment s’est constitué le groupe ?
Lobna Noomene : La formation de Hess s’est faite en diverses étapes. Au début je chantais en solo, puis, il y a un an et demi, j’ai connu Mahdi Chakroun,. Nous avons travaillé en duo quelque temps avant d’être rejoints par Jihed Khmiri, notre percussionniste. Par la suite, notre cercle s’est agrandi petit à petit. Maintenant, il y a Oumar Kasraoui à la guitare, Moncef Benmassoud à la trompette, Mohamed Amine Ennouri à la batterie, Riadh Bedoui au piano et au clavier, Mohamed Radhouane Ben Bachir à la basse, et Zarrouk Kais au violoncelle.
Mahdi Chakroun : En été, le festival de Hammamet nous a réunis, on y a participé avec un répertoire qui était propre à nous à 70%. Nous avions besoin de le voir autrement, d’y donner une dimension professionnelle. Riadh Bedoui et moi nous nous occupons des arrangements. Nous n’introduisons un instrument que par nécessité. C’est de là que se ressent le travail de recherche dans le domaine de la musique, c’est avec cela que nous ajoutons notre touche au texte et à la composition, que nous y laissons une empreinte propre à nous.
Quelles sont les tendances musicales qui enrichissent votre répertoire ?
LN : Chacun des membres écoute un style musical différent de l’autre. Je suis très inspirée par Fayrouz, je me sens très proche de son œuvre. J’y apprécie l’universalité et la préoccupation pour la condition humaine. Notre chanson Bayaa el yasmine (Vendeur de jasmin), écrite par Wahid el Ajmi, est dans le même esprit. Dans le répertoire de Cheikh Imam, je trouve la chanson à texte dans la ligne de conduite de Hess. Nous sommes attirés par ces chansons où on vous raconte une histoire qui rejoint la réalité, qui se répète dans la vie des peuples et qui est vécue par l’un différemment de l’autre, mais où tous se retrouvent finalement.
Dans quel contexte la rencontre avec la compagnie Dabateatr s’est faite ?
LN : Elle a eu lieu entre janvier et février 2009. J’étais en stage au British Council avec plusieurs metteurs en scène et dramaturges, on y faisait des lectures de pièces de théâtre. C’est comme ça que j’ai connu Jaouad Essounani, metteur en scène de Dabateatr. Collaborer dans un travail qui donne à nos œuvres une dimension plus élargie au Maghreb était pour moi un rêve. L’événement ‘Tawa Tounes’ en est l’occasion, il encourage l’échange culturel et sort les artistes de leurs îlots isolés sans tomber dans le cliché.
Comment s’organisent vos répétitions ?
LN : nous vivons la musique, chaque instant pour Hess est un moment partagé, une note musicale. Nous n’obéissons pas à un planning stricte qui définit l’heure des répétitions, des sorties, des enregistrements… Cela demande une direction artistique et une production, alors que notre groupe est totalement autoproduit. J’aime vivre la vie de gens sobres, avoir une vie de tous les jours sans façons, pas une vie de star au-dessus du monde.
Vous êtes chargés de programmer un événement à Dabateatr Citoyen, qu’en est le thème principal ?
LN : Mon thème porte sur la liberté par rapport au danger de l’extrémisme.
MC : S’auto-questionner, réfléchir dans un espace où le professionnalisme rencontre l’amateurisme dans une relation horizontale.
Quels sont vos projets à venir ?
MC : D’abord sortir notre premier album dès notre retour en Tunisie, puis enregistrer la chanson Torqane we zmane avec Faissal Azizi, chanteur du groupe K’lma. J’ai également un projet de travail avec le musicien marocain Zakaria Houara. Son intelligence artistique m’a beaucoup marqué : en plus du violon, il joue sur un guembri à quatre cordes qu’il a créé lui-même. Il devait être avec nous à l’Institut Goethe de Rabat, mais il était malade, je souhaite beaucoup que l’on puisse continuer à travailler avec lui.
Propos recueillis par notre correspondante au Maroc, Ghita Zine
* Créée en 2004 par le metteur en scène Jaouad Essounani, la compagnie Dabateatr œuvre à promouvoir les arts de la scène selon le principe d’une ’’action culturelle, citoyenne, artistique, libre’’ (projet ACCAL), tout en valorisant un ’’théâtre élitaire pour tous’’.