Laurent Corvaisier : la poésie en peinture
Le 07/03/11
Laurent Corvaisier, artiste invité pour le Mois de la francophonie, expose ses toiles sérigraphiées dans la médiathèque du Centre culturel français jusqu’au 31 mars. A l’occasion de sa venue à Beyrouth, il accepte de nous raconter son parcours et sa passion.
Laurent Corvaisier s’assoie à la table, les doigts encore tachés de peinture après l’atelier qu’il anime avec les scolaires au Patio. Les dessins des enfants sèchent sur le sol : ils seront exposés aux côtés des œuvres du peintre pour l’inauguration et y resteront le temps de l’exposition.
Les racines de sa passion
En voyant les illustrations de Corvaisier, on comprend immédiatement que ce Normand aux yeux gris entretient un rapport privilégié avec l’enfance et l’imaginaire. C’est qu’il est très attaché à son enfance havraise, à cette ville de béton où la lumière est pourtant incomparable et où il a passé de longues heures à tenter de la reproduire sur ses toiles tout au long de sa jeunesse. De son propre aveu élève médiocre, Corvaisier rend hommage à ses parents, à sa mère surtout qui, bien loin de chercher à le détourner de son art, l’y a encouragé de telle manière qu’il cultive son talent et y trouve matière à satisfaction. Ainsi, très tôt, il a su que sa vie ne saurait être celle de son père, facteur de son état et a tout fait pour obéir à son rêve : devenir peintre.
Il obtient donc une bourse pour suivre l’Ecole des arts déco de Paris. Lui qui n’a jamais quitté sa Normandie natale, il découvre un autre monde, un autre milieu, celui des 'privilégiés'. Son origine modeste ne fait que renforcer sa hargne, son acharnement à exceller dans ses travaux. Il est très vite repéré pour les éditions Albin Michel, auxquelles il a montré ses carnets de dessin.
Si certains écrivent des journaux intimes, lui tient des carnets de dessin. "Je n’ai jamais pu dissocier ma vie de mes travaux" sourit-il timidement. Ses carnets sont sa mémoire ; sur le vif, il peint les paysages, les gens qu’il croise. Chez Albin Michel, sa démarche séduit ; on lui propose un voyage aux côtés d’un chercheur dans le désert du Sahara. Lui, le contemplatif, sera chargé d’illustrer cette aventure dans les villages touareg. Il sera publié sous le titre 'L’offensive du sable'.
Et c’est le début d’une autre aventure. ..
Le monde en couleur
Pourtant, à sa sortie de l’Ecole des arts déco, la route ne lui est pas pavée de roses. "L’affirmation artistique est longue", reconnaît-il. Il donne des cours de dessin, anime des ateliers… Ce qui lui a permis d’affiner son discours pictural. L’imaginaire de Laurent Corvaisier fonctionne sur le modèle des enfants ; de la couleur, beaucoup de couleur, des lignes simples et oniriques. Il se qualifie lui-même de naïf : "Certains de mes amis peintres sont cyniques, leur imaginaire est dur ; moi, je vois le monde sous son côté le plus beau. Seule m’intéresse la grâce chez les sujets que je dessine. J’embellis les choses".
Mais son travail n’est pas exempt d’une certaine gravité : si les couleurs sont éclatantes, ses personnages ne sourient que rarement. Sous la légèreté du pinceau, on sent poindre une lourdeur… C’est que, si Laurent Corvaisier est un éternel optimiste, il connaît la versatilité de la vie ; "Je pense qu’il faut être conscient des moments heureux que nous vivons, car ils ne durent jamais longtemps… mais peuvent revenir vite".
C’est en illustrant de plus en plus de livres pour enfants que l’artiste se fait connaître en temps que peintre. La diffusion de ses images par les maisons d’édition lui permet de se faire une place au soleil, et d’exposer ses toiles. C’est ainsi que l’équipe du Centre culturel français le rencontre et l’invite pour le Mois de la francophonie. Cela tombe bien ; pour Laurent, la francophonie est avant tout un moment d’échange entre deux peuples ayant des accointances communes et, surtout, une opportunité de communiquer autrement. Avec lui, ce sera au travers de ses tableaux dont les reproductions sont exposées à la médiathèque du centre pendant tout le mois de mars.
Marie Abiven