Le projet de l’Agenda Culturel d’ouvrir grandement ses pages Internet afin d’accompagner les acteurs culturels des pays du Maghreb vers la démocratisation par les arts a été sélectionné, avec trois autres projets, et obtient à l’Arts Forum de Tunis, le label convoité d’Euromedinculture. Nous publions, en deux parties, le déroulement de cette manifestation : aujourd’hui, le compte-rendu de l’Arts Forum, et demain, les réponses de Frédéric Jambu, délégué général d’Euromedinculture, aux questions que nous lui avons posées.Soutenu par l’Union Européenne, Euromedinculture est un réseau de coopération culturelle en Europe et en Méditerranée. Il est composé de 29 membres représentant 21 pays : l’Albanie, l’Allemagne, la Bulgarie, l’Égypte, l’Espagne, la France, l’Italie, la Jordanie, le Liban, la Lituanie, Malte, le Maroc, la Palestine, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni, la Slovénie, la Syrie et la Tunisie.
Euromedinculture est à la fois un instigateur de projets et de partenariats croisés – dans les domaines du spectacle vivant, de la littérature, de la danse, de l’audiovisuel et du patrimoine – et un dispositif de réflexion commune entre les pays membres du réseau pour promouvoir la culture dans l’espace euro-méditerranéen.
Pour son premier ’Arts Forum’ tenu à Tunis du 8 au 11 décembre, Euromedinculture a choisi pour thème ’’La démocratisation par les arts’’. Durant trois jours, 200 artistes et professionnels de la culture, venus d’horizons et de pays différents, ont débattu, souvent avec passion, de la place de la culture dans un monde arabe en plein mutation. Les participants, et d’autres qui seront invités, se retrouveront à Amman en novembre 2012 et à Toulon en 2013 pour les prochains ’Arts Forum’.
Trois espaces ateliers étaient organisés : le spectacle vivant ; les arts visuels et le multimédia ; les relations entre entreprise et culture. C’est à ce dernier atelier qu’à été convié l’Agenda Culturel pour une intervention. Les trois thèmes ont intéressé les participants qui se sont répartis entre trois salles où une traduction simultanée vers l’anglais était assurée.
À l’issue des ateliers, les participants ont été invités à travailler en groupes, durant une journée et demie, dans le cadre d’un ’’Forum ouvert’’ ou Open Space Technology. Autour de la thématique de l’Arts Forum, ’’La démocratisation par les arts’’, les participants ont proposé des sujets d’échanges, voté et choisi les plus populaires, puis ils se sont organisés en plusieurs groupes de travail. Une vingtaine de sujets ont été ainsi sélectionnés, qui ont fait l’objet d’échanges et de débats pour aboutir à des conclusions qui sont autant de projets. Cette approche innovante a permis de susciter dynamisme, engagement personnel et créativité. Des vingt pistes, certaines ont fusionné, d’autres ont été abandonnées, pour que l’on aboutisse finalement à quatorze projets, parmi lesquels quatre ont reçu le label d’Euromedinculture, dont le projet de l’Agenda Culturel.
Deux autres activités étaient au programme. D’abord, un espace de diffusion des œuvres, où plus de 100 vidéos étaient projetées sur des écrans, montrant la richesse et la diversité de ce monde euro-méditerranéen. Ces œuvres portant sur la danse, le théâtre et les arts visuels seront regroupés en un catalogue consultable sur le site du réseau :
www.euromedinculture.org.
D’autre part, les organisateurs n’ont pas lésiné sur les moyens de faire découvrir des formes d’expressions artistiques souvent méconnues, en programmant avec bonheur trois spectacles : ’Les mille et une roses’, un théâtre de marionnettes de notre ami
Karim Dakroub, qui par ailleurs représente le Liban à Euromedinculture ; de la musique rap soul par le groupe allemand Moe2 ; et enfin, ’Confinement’, une pièce interprétée par trois jeunes acteurs palestiniens talentueux.
Trois jours denses, où jeunes et moins jeunes se sont côtoyés, ont travaillé ensemble, échangé adresses et promesses. L’impatience des jeunes artistes tunisiens de jouir de l’indépendance retrouvée était palpable. Leurs nombreuses revendications, exprimées avec fougue, ont fait que tous les participants se sont sentis tunisiens, mais aussi égyptiens, algériens et marocains. Nous ne pouvons que remercier les organisateurs d’avoir permis à ces 200 personnes de vivre cette fête. L’Agenda Culturel est ravi d’avoir participé, et fier de pouvoir continuer cette fête en accompagnant, jour après jour, tous ceux qui veulent bien l’informer de leur travaux et lui confier craintes et espoirs. Grâce à Internet, Maghreb et Machreq se sont considérablement rapprochés, et Beyrouth, qui a toujours été la tribune à partir de laquelle la culture peut librement s’exprimer et se diffuser, jouera, une fois de plus, le rôle qu’elle connaît bien : celui de laboratoire d’idées et de vétéran de la résistance culturelle.
Emile Nasr