Aurélien Lechevallier : L’avenir n’est pas écrit !
Le 30/01/12
On peut tout dire en peu de mots. Encore faut-il prendre le temps de les peser. Comme dit la boutade : ’’Désolé, je n’ai pas eu le temps de faire court !’’. Et nous voilà, les papillons de Caroline Hatem plein les yeux, devant ce nouveau défi.
Parlons alors de cette force qu’ont les textes brefs. Où chaque syllabe a la densité du mercure. ’’Madame, voulez-vous que je vous parle net ?’’. Molière eût-il pu brosser le dépit amoureux en moins de mots ? Un seul suffit parfois. Pour Talleyrand, ’’oui, et non, sont les mots qui demandent le plus d’examen’’. Pas de zèle ! La concision naît de la réflexion, pas de la hâte.
Il suffit de se concentrer sur l’essentiel. Comme disait Miles Davis, ’’Pourquoi jouer tant de notes, quand il suffit de jouer les meilleures ?’’
Certains grands discours, malgré leur brièveté, ont changé le cours de l’histoire. Pensons à la déclaration Schuman (9 mai 1950), pierre angulaire de la construction de l’Europe. 868 mots. Toutes les lettres y ont leur place. ’’L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre’’.
Un autre exemple vient à l’esprit, celui d’un court article philosophique de Léon Blum, sur la notion d’égalité. En quelques tournures, l’homme politique, le fin lettré, parvient à son but. L’égalité, écrit-il, ce n’est pas ’’tout le monde à la toise !’’, c’est ’’chacun selon ses mérites’’. Beau résumé.
Dans cet article, que je cite malheureusement de mémoire, Léon Blum expose aussi une idée fascinante. Il dit à peu près la chose suivante : pour faire la révolution, il suffit de deux lois, l’une sur la fiscalité, l’autre sur l’éducation.
Deux lois, pour tout changer. L’une pour mieux distribuer les richesses ; l’autre pour partager les connaissances : voilà un programme qui a le mérite de la simplicité. Essayons d’en concevoir une application, dans le domaine culturel par exemple.
D’un côté, prenez une pincée à la spéculation et aux héritages dynastiques, pour soutenir la création et donner leur chance aux institutions culturelles. De l’autre, ouvrez les programmes scolaires, pour y faire entrer l’art, la musique, la danse, le dessin, la sculpture, dès le plus jeune âge.
Attendez : est-ce bien cela, la révolution artistique ? Akid !
Je sais ce que vous allez me dire : nous rêvons. Mais l’avenir ne s’écrira pas tout seul ! Il n’y a pas de raison, dans aucun pays, pour que les pouvoirs publics ne s’engagent pas plus avant dans ce combat. Le Liban le sait bien : Hermès n’est pas seulement le dieu du commerce. C’est aussi l’inventeur de la lyre.
Aurélien Lechevallier