Pourquoi le CCF change-t-il de nom ?C’est une politique mondiale, décidée à Paris, pour avoir plus de cohérence et de lisibilité dans le réseau mondial des différents instituts culturels français. Jusqu’aujourd’hui, le paysage était très éclaté, avec des dénominations différentes et des compétences qui variaient d’un pays à l’autre. Il a été décidé de réaffirmer les priorités de la politique culturelle française à l’étranger, en donnant une forme d’appellation unique pour tout le réseau des acteurs culturels francophones. Le choix du mot Institut, comme pour le Goethe-Institut ou l’Institut Cervantès, s’inscrit dans cette volonté d’harmonisation et de visibilité vis-à-vis de l’extérieur.
Que vont offrir cette lisibilité et cette visibilité accrues de l’Institut français du Liban ?Tout d’abord, nous rassemblons nos forces, en regroupant nos services, donc en coordonnant les différents acteurs de la francophonie. En plus de l’organisation des événements culturels et les partenariats connus du CCF, l’Institut français du Liban va donner une meilleure visibilité au réseau des écoles française au Liban que nous pilotons, aux coopérations universitaires, aux missions archéologiques, aux projets de soutien aux ONG, etc. Ensuite, la création d’un Institut français marque une volonté de se rapprocher de l’Europe et de travailler dans un contexte européen, en mettant en place des projets multilatéraux avec les autres ambassades européennes au Liban.
Quoi de neuf dans le nouvel Institut français ?Bien sûr on continue à organiser nos événements culturels habituels, comme le Salon du livre francophone en octobre. Dès 2012, il y aura des améliorations dans les conditions d’accueil des neuf instituts français du pays. Et à Beyrouth, on refait toute la salle d’exposition, qui sera inaugurée en janvier 2012, avec plusieurs expositions de jeunes artistes libanais.
Quel bilan faites-vous après cette première année au Liban ?En général, je suis plutôt optimiste pour la vie culturelle au Liban. Il y a une énergie et une créativité formidables. Depuis un an, j’ai vu presque chaque mois des événements extraordinaires, de très belles programmations et un public présent. Je suis optimiste car il se passe des choses, et il y a de grands projets. La qualité de la vie culturelle est élevée. Une autre raison d’être optimiste, c’est la liberté d’expression. On peut publier pratiquement ce que l’on veut, et souvent la censure est plus sociale ou morale que politique. La liberté d’expression est une caractéristique libanaise, qui n’est plus unique aujourd’hui dans la région avec les printemps arabes, mais c’est un trésor national qu’il faut conserver.
Quels sont les défis à relever ?Dans les défis, la contrepartie de ce foisonnement culturel libanais est le manque de structure. On parle souvent d’un manque de moyens, mais ce n’est pas propre qu’au Liban. Il y a une volonté politique mais peu de moyens publics. C’est un pays qui fonctionne peu sur les moyens publics, mais il y a des financements privés.
Le problème que je vois, c’est plus un problème de structuration. Parfois on manque de cohésion, voire de solidarité entre les différents acteurs culturels. C’est dommage, car il y a fatalement beaucoup de déperdition d’énergie et d’essoufflement, voire parfois même de frustration.
Un exemple ?Celui du cinéma. Je suis un passionné de cinéma. Il y a tout au Liban pour avoir un grand cinéma. Il y a quelques longs-métrages par an mais ça pourrait être tellement plus ! Il y a tellement de créativité, d’histoires à raconter, de talents, tant dans la partie artistique que technique. Le Liban est le premier pays en matière de studios, régies, mixages, clips, publicités, etc. Il y a tous les moyens qu’il faut pour réaliser des films. On a des gens qui sont tous de bonne volonté, qui veulent faire des choses, mais qui n’arrivent pas à travailler ensemble et à créer les conditions d’un véritable décollage d’une filière libanaise du cinéma.
Existe-t-il une raison particulière à ce manque de structuration ?Non, c’est un peu propre au Liban. Et c’est justement un des sujets que j’aimerais travailler davantage dans le cadre de l’Institut français du Liban. Si on peut servir à quelque chose, autant qu’on soit des catalyseurs, qu’on fasse en sorte qu’il y ait de nouvelles émergences artistiques. On parle de cinéma, mais ce manque de structuration est vrai dans tous les segments de la vie culturelle libanaise.
Propos recueillis par Sophie Marchesin
A savoir
Soirée de lancement de l’Institut françaisConcert du chanteur français Ycare, projections, Set exclusif de Jade, VJ et performances artistiques
Le samedi 1er octobre
Entrée libre à partir de 21h00
Dans les jardins de l’Espace des lettres, rue de Damas
Réservation : (01) 420200
www.institutfrancais-Liban.com