A la fêteCe soir, à l’Obros, c’est la Fotofiesta. La Fotofiesta, pour vivre
"l’esprit de la Movida, mais au XXIe siècle. C’est un peu vintage. C’est un spectacle". Un mot que Pablo Pérez-Mínguez aime beaucoup, parce que pour lui la photographie est un spectacle, la vie l’est aussi. Ce soir donc à l’Obros, rendez-vous avec
"un spectacle spécial, qu’on ne peut avoir dans aucun autre endroit. Quand on entre dans la boîte, on va sentir ce qu’a senti Pedro Almodovar" dès le début des années 80.
Dès le début de ce qui sera appelé La Movida, ce mouvement culturel espagnol qui a émergé à la mort du dictateur Franco, et qui a duré cinq ans, de 1979 à 1984.
"La Movida c’est la culture espagnole à partir de la fiesta. C’est l’esprit de la fête. La joie de vivre en création, en direct". Et c’est ce que promettent Pablo Pérez-Mínguez et le DJ Jésus Ordovás à tous les noctambules qui se rendront à l’Obros, qu’ils soient au courant de l’évènement programmé ou non.
"On va faire des photos improvisées, stylisées comme à l’époque de La Movida. Ce ne sera pas un souvenir. Mais la réalité. Et on imprimera les photos directement. Je pourrai parler avec tout le monde. On va tous improviser une danse photographique créative, aux rythmes de la musique de la Movida, très agréable à écouter. Ce sera la fête de tout le monde, tous ensemble, en dansant. On va vivre la fête. On va vivre la Movida".
Création, art et vieLa Movida. Sur le web, les définitions diffèrent, les approches, les qualificatifs sont nombreux. Témoin acteur principal de ce mouvement, Pablo Pérez-Mínguez affirme avoir été au moment précis, à l’endroit précis.
"Dès la mort de Franco, et durant cinq ans, j’ai gardé mon studio ouvert, dès 18h et jusqu’au matin". Pedro Almodovar, Alaska… tous les artistes s’y réunissaient, s’y retrouvaient.
"Nous étions en création, en étape de création".
Si La Movida est limitée dans le temps chronologique, elle semble avoir existé bien avant le jour déclencheur, dans le cœur des artistes qui l’ont portée. La Movida reste un esprit, sans aucune nostalgie.
"L'Espagne d’avant La Movida était grise et noire. La Movida était nécessaire pour changer cela. Et si les jeunes aujourd’hui ne savent pas vraiment ce qu’est la Movida, ni qui est Alaska par exemple, ils voient la vie en couleurs".
Pour Pablo Pérez-Mínguez, La Movida c’est, en même temps, la création, l’art, la vie, la fête. C’est aussi une réaction suite à la chute de la dictature de Franco. Mais encore la connexion de plusieurs générations d’artistes. Des artistes qui n’étaient pas spécialisés, comme aujourd’hui, et qui pouvaient discuter entre eux de tout. Et ils se retrouvaient non seulement dans les studios d’art, mais dans les endroits de fête, comme ce sera le cas ce soir.
La photo-attitude‘La Movida à Beyrouth’ est un évènement inédit. Même si le schéma existe déjà, ce sera différent, car
"on sait improviser. L’improvisation est un mot très important".
D’ailleurs tous les shows, les "happenings" de Pablo Pérez-Mínguez sont inédits, comme le sont ses photos. La photo qu’il prend aujourd’hui du même sujet sera différente de la photo qu’il prendra demain.
"Depuis quarante ans je fais toujours la même chose dans la vie, pas seulement dans la photographie. La photo et la vie vont de paire. Je vois la vie à travers la photo. Je la vois jolie. Et quand elle ne l’est pas, je fais tout mon possible pour qu’elle le soit".
Alors aimer la vie, c’est une philosophie, une attitude. C’est la photo-attitude, un autre terme qu’affectionne particulièrement Pablo Pérez-Mínguez. Plus qu’un terme c’est un état d’esprit, un état d’être. Photographe révolutionnaire, novateur, avant La Movida, durant et encore après, quand il parle de photographie, son enthousiasme est contagieux. Son approche encore plus fascinante. Petit, il voyait ses parents sortir du tiroir un vieil appareil photo à l’occasion d’un anniversaire.
"Pour tout le monde, c’était alors la joie. Juste après, la vie reprenait son cours normal. Tout petit, je me disais si j’avais toujours un appareil photo avec moi, toute ma vie serait comme ce moment-là. Et c’est vrai. Cela fonctionne toujours. Il faut photographier la beauté de la vie. Quand je sors sans mon appareil dans la rue, c’est comme entrer dans un zoo où il n’y aurait pas d’animaux. C’est ce que je ressens si je vois la vie et que je ne peux pas la photographier".
Nayla Rached
Pour en savoir plus, lire
La Fotofiesta à Beyrouth et
La Movida en images
[Photo : Autoportrait ©Pablo Pérez-Mínguez]