L’araignée tisse sa toile à Doha
Le 26/01/12
La Qatar Museums Authority surprend encore une fois en organisant une grande exposition, la première au Moyen-Orient des œuvres de Louise Bourgeois (1911-2010), ’Conscious and Unconscious’.
Trente œuvres de toutes les périodes de la carrière de l'artiste sont exposées, y compris des sculptures, des installations et des dessins, réalisés entre 1947 et 2009. Le clou de l’exposition est, sans conteste, la sculpture monumentale ’Maman’ (1999), dévoilée le mois dernier au Qatar National Convention Center à Doha. ’Maman’ est une araignée en bronze de 9 mètres de haut, dédiée à la mère de l’artiste.
’Conscious and Unconscious’ fait partie d'une série d'initiatives culturelles de la Qatar Museum Authority, visant à ’’promouvoir et soutenir l'art local et international, favoriser les échanges entre artistes et construire des ponts entre les cultures’’, comme l’explique la très dynamique présidente de la Qatar Museums Authority, Sheikha Al Mayassa bint Hamad bin Khalifa Al Thani. Elle poursuit : ’’Louise Bourgeois est l'une des artistes les plus importantes et respectées du XXe siècle et nous sommes honorés d’accueillir l’œuvre de l'artiste, décédée dernièrement, dans une exposition unique au Moyen-Orient’’.
Le commissaire de l’exposition est Philippe Larratt-Smith, qui a travaillé comme archiviste de Louise Bourgeois entre 2002 à 2010. Il est actuellement directeur du programme international à la Malba - Fundación Costantini, le Musée d’art latino-américain de Buenos Aires. ’Conscious and Unconscious’ donne à voir un travail très autobiographique de l’artiste, couvrant les thèmes de la maternité, de l'identité, de la mémoire et des cycles de la vie. Ce travail se caractérise par son contenu émotionnel et son invention formelle, qui oscille entre la figuration et l’abstraction, le géométrique et l'organique, le corporel et l'architectural.
Dans son art, Louise Bourgeois trouve des équivalents sculpturaux de ses états psychologiques, créant un langage symbolique à la fois universel et unique. L'exposition montre la grande variété de matériaux qu’utilise l’artiste tout au long de sa carrière : le bois sculpté dans des formes verticales de la fin des années 1940 ; les formes en latex et plâtre, amorphes et labyrinthiques, des années 1960 ; le marbre sculpté de la fin des années 1960 et du début des années 1970 ; les installations de ’Cellules’ des années 1990 et 2000 ; le tissu rouge et travaillé tard dans sa carrière.
L’araignée
Pour Louise Bourgeois, l'araignée est une figure maternelle : ambivalente, castratrice et protectrice à la fois. ’’L'araignée, pourquoi l'araignée ? Parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu'elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable et indispensable qu'une araignée. Elle pouvait se défendre elle-même’’. Voici ce que l'artiste inscrit sur une plaque devant sa sculpture qui fait l’attraction de l’exposition des Jardins des Tuileries en 1988, ignorant malicieusement l'aspect menaçant de son œuvre. L'arachnide fabuleux est une bonne introduction au travail complexe et aux fantasmes morbides de Louise Bourgeois. Plusieurs exemplaires de la sculpture sont en circulation. L'araignée s'est posée, entre autres, à Saint-Pétersbourg, Tokyo, Copenhague, Denver, Kansas City, San Francisco, New York et Londres. Elle est toujours à Ottawa, et sur le parvis du Guggenheim de Bilbao. Les musées s’en disputent les exemplaires, les amateurs d'art et les financiers surenchérissent chez Christie's ou Sotheby’s pour les acquérir. Ces œuvres contemporaines atteignent désormais les prix des tableaux impressionnistes.
Qui est Louise Bourgeois
Née à Paris en 1911 et décédée à New York en 2010, Louise Joséphine Bourgeois est une sculptrice et plasticienne américaine d'origine française, installée à New York à partir de 1938 après avoir épousé l'historien de l'art Robert Goldwater. Issue d’une famille de restaurateurs de tapisseries, elle commence, très jeune, à dessiner des motifs en l’absence du dessinateur attitré de la maison. Elle étudie d’abord les mathématiques à la Sorbonne, puis s’en éloigne : ’’Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s'exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire’’. Elle passe donc à l’art, notamment à l'École des beaux-arts, à l'Académie Ranson et à l'École du Louvre, et elle est formée par des artistes prestigieux, comme Fernand Léger. Sa relation avec les surréalistes date de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque beaucoup d’artistes s’étaient réfugiés aux États-Unis. Elle présente sa première exposition individuelle en 1945. La reconnaissance de son art et son influence sur les artistes plus jeunes s’affirmeront dans les dernières années de sa vie.
’Conscious and Unconscious’, Louise Bourgeois
Galerie QMA, Katara
Doha, Qatar
Du 20 janvier au 1er juin 2012