[Tour d’expo en diaporama]
Que gardez-vous comme souvenir de vos années de photographe attitré d’Edith Piaf ?Le premier souvenir qui reste à jamais gravé dans ma mémoire sera le moment de ma première rencontre avec Madame Edith Piaf, comme aimait l'appeler Jean Cocteau.
Nous sommes en octobre 1957, lorsqu'après son récital au Municipal de Dijon, alors que très intimidé, je m’approchais, son regard m'a transpercé, jugé et son sourire m'a admis dans le cercle de ses intimes jusqu'à son dernier souffle.
Le reste de ma carrière avec ses joies, ses gloires et ses faiblesses, a été dirigé grâce à tout ce que j'ai appris auprès de l'artiste amie.
Avoir eu la chance d'avoir perçu l'autre Edith, la chrétienne, l'humaniste, m'a donné l'énergie nécessaire pour créer avec quelques compagnons l'agence de presse photographique Gamma et, tout comme elle, dominer les difficultés de la vie.
Pourquoi vous surnomme-t-on ’’l’abominable homme des coulisses’’ ?La gloire et la réputation, que procure le fait de rester aussi longtemps avec un personnage qui pouvait vous répudier d'un mouvement de tête, vous ouvrent les portes des appartements, maisons et châteaux des stars du showbiz. J'étais à toutes les premières de l'Olympia Music Hall de Paris : toujours privilégié, dans les loges, les coulisses, derrière le grand rideau rouge, toujours proche et intime avec la star du moment.
Ce privilège n'était pas du goût de la concurrence toujours en retard, toujours devant les portes, mais jamais au cœur de l'intimité ; et c'est ainsi que la sourde rumeur de ’’l'abominable homme des coulisses’’ est née.
Mais quand on a fréquenté Madame Edith Piaf, Monsieur Jacques Brel et bien d'autres, l'on ne peut que quitter ce qui devient une routine, et Edith avait sans cesse ce mot :
’’Toujours plus haut’’. Aussi, pour faire plaisir à la grande dame disparue, la création de l'agence Gamma s'imposait.
Que cherchez-vous à capter avant tout dans vos portraits ?Dans le portrait, il y a l'esthétique et la vérité. Pour moi, l'esthétique cache la vérité intérieure, grâce à des artifices qui souvent ne sont pas pour me déplaire mais qui sont superficiels ; donc quoique de grande classe, ce type de photos n'a pas mon approbation.
Edith m'a enseigné à faire la photo vraie, celle où le regard traverse l'objectif, va à l'intérieur de vous-même, vous touche au cœur ; celle où l’on capte le geste, le regard au millionième de seconde, et la vérité apparaît.
Pour moi il n'y a pas de vérité esthétique dans la traduction du malheur ou du bonheur ; ils se traduisent comme tels et n’ont nul besoin d’artifice. Nous en avions convenu, Jean Bourdieu et moi, lors d'une rencontre fortuite et riche dans un wagon-couchette après une manifestation écolo au cœur de la France profonde.
Comment avez-vous établi le concept du photojournalisme moderne avec la création de l’agence Gamma en 1967 ? La situation du photojournalisme n’était pas brillante en 1966. Les photographes d’agence, les free lancers étaient exploités par une génération de patrons cupides. Il fallait avoir la vocation pour partir vers des contrées en guerre sans assurances, avec peu de moyen. Et même si, pour certains, les mois étaient corrects, ils ne reflétaient ni ne récompensaient le travail effectué.
Nous n’avons rien inventé si ce n’est que d’appliquer le souhait du général Charles de Gaulle sur l’association capital-travail (ordonnance de 1959) :
’’Ni le vieux libéralisme (appelé aussi capitalisme) inhumain, ni le communisme qui écrase tout mais une troisième voie : l'association capital travail car l'un sans l'autre ils ne peuvent rien. Mais pour cela il faudrait brider la puissance de l'argent, pas trop, les humains l'aiment tant que c'est le seul moteur efficace, mais suffisamment pour dompter l'économie et la mettre au service de tous’’.En associant à 50/50 l’agence comme support au travail du photographe, nous avons appliqué concrètement l’idée géniale du Général, qui n’a pas été pour notre profession une phrase creuse.
Qu’en est-il de votre souhait d’instaurer un musée dans la ville de Lisieux ?Lorsque le livre ’Edith et Thérèse’ est sorti en avril 1999, j’avais dans l’idée de rapprocher Edith de Sainte Thérèse, sa copine, son censeur, son amie. L’année du cinquantenaire, 2013, est propice à ce souhait, si les projets mondiaux permettent d’en trouver les moyens, pour permettre à Edith d’exister au-delà les sempiternelles images d’Epinal sordides et sans intérêt, lorsque l’on sait tout le réconfort qu’elle a apporté à l’être humain, en s’épuisant sans relâche sur les scènes du monde entier…
Les profits des ventes iront à l’Association libanaise Kfar Sama du Père Labaki. Parlez-nous-en.J’ai rencontre le père Labaky à Lourdes, alors que j’y effectuais un reportage pour Le Figaro en vue de la visite du pape Benoît XVI en 2008. À l’époque, il venait de faire construire la maison Beit Mariam en face de la grotte de Massabielle, pour accueillir les pèlerins des Églises orientales en créant un espace de rencontre, de partage. Nous avons fait connaissance, il nous a parlé du Liban et de cette association qu’il avait créée pour les orphelins de la guerre. J’ai été séduit par la volonté et le talent de cet homme et j’ai décidé de l’aider. J’espère que j’aurai le temps de réaliser des images permettant de mieux le faire connaître.
’Mes années sixties’ d’Hugues VassalInstitut français de Beyrouth
Du 17 janvier au 10 février 2012 de 11h00 à 19h00
Vernissage le 17 janvier à 11h00
(01) 420200