Ahmed Zaïbi : ’’l’exil, condition de ma liberté’’
Le 15/02/12
L’exposition du peintre Ahmed Zaïbi est la belle surprise de ce début d’année. Jusqu’au 18 février, le Palais Kheireddine à Tunis permettra de découvrir ou de retrouver les œuvres de ce Tunisien exilé en Suisse depuis 33 ans.
Dans ses valises, une soixantaine de tableaux, dont certains de très grands formats, tous peints après la Révolution. Des gravures, des aquarelles et une installation vidéo que Ahmed Zaïbi dédie à tous les Tunisiens et à Abou El Kacem Chebbi, le poète de la vie.
Rencontre avec l’artiste qui a découvert la peinture dans les années 1980 et qui partage aujourd’hui son temps entre ses deux ateliers de Lucerne et de Marrakech.
Vous êtes de retour à Tunis après 33 ans d’absence.
Je ne suis pas de retour mais seulement de passage : je suis ici pour l’exposition, pour offrir ces œuvres aux Tunisiens, et ensuite je repars. Je suis et je resterai toujours un artiste en exil puisque cet exil est la condition de ma liberté. Ce n’est que de loin, en prenant du recul, que je peux garder le meilleur de ma culture et me délester de tout le reste. Libérer mon esprit, faire table rase du passé… et reconstruire.
0ù étiez-vous le 14 janvier 2011 ?
J’étais dans un lit d’hôpital où je venais de subir une grave opération. Dès que j’ai pu sortir, quelques jours plus tard, j’ai passé une semaine à Sidi Bou Zid avec mon ami réalisateur Mohamed Zran. C’est là que je me suis mis à peindre, en pensant aux martyrs, pour leur dire que ’’la dignité est plus forte que le jasmin’’, et que, même après la chute du dictateur, l’Histoire n’est pas finie, elle est en mouvement et c’est notre devoir de la modeler. Pendant les mois qui ont suivi j’ai peint près de 250 tableaux, parfois sans m’arrêter, du matin jusqu’au bout de la nuit. Cette période a été la plus féconde de toute ma vie.
Qu’est-ce-qui vous donne l’envie de continuer ?
Sans aucun doute, mon amour pour les femmes. Ce sont elles qui me soutiennent et me guident, depuis toujours. Je rêve d’ailleurs que la société, notamment en Tunisie, cesse d’être une société d’hommes et que les femmes retrouvent la place qu’elles méritent. Il en va de l’avenir de mon pays et de l’humanité toute entière.
Propos recueillis par notre correspondante à Tunis, Emmanuelle Houerbi